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Pour lire Le Capital de Marx – avec Vincent des Giménologues

À l’occasion du bicentenaire de la naissance de son auteur, Karl Marx, un guide d’entrée dans Le Capital, Livre 1. Le procès de production du capital. Le Capital demeure en effet une clé de compréhension fondamentale de notre société, plus d’un siècle et demi après son écriture. Le rapport d’échange marchand, de travail, d’objets et/ou de services, point de départ du Livre 1 du Capital, est aujourd’hui encore notre forme dominante de socialisation, faite d’exploitation, d’aliénation et de contrainte impersonnelle – avec Vincent des Giménologues, (re)lecteur aguerri du Capital.

Avec une présentation de Karl Marx et ses écrits antérieurs au Capital, de l’histoire du livre, de son élaboration progressive, de ses versions successives et ses traductions francophones, de sa méthode d’exposition de sa théorie critique du capitalisme, de son usage critique des économistes classiques et de sa critique des économistes de son temps.

Avec une discussion de sa théorie critique (inachevée) du travail comme catégorie capitaliste, de son épistémologie non-identique – fondée sur une non-identification des concepts et des rapports sociaux auxquels ils se rapportent –, son ontologie non-hégélienne – en rupture avec l’idée d’ « abstractions » ou de « catégories » se « réalisant » a posteriori dans des « phénomènes » et des « manifestations » –, de sa conception de « la marchandise » comme un rapport social construit contraignant et non comme une essence, de sa théorie non-fétichiste du fétichisme capitaliste et de sa méthode d’exposition partant du plus simple au plus complexe.

Avec une explication du concept de phénomène dans Le Capital ;

une critique d’une lecture idéaliste du Capital comme philosophie de l’histoire téléologique en termes de « big bang » et de « réalisation progressive d’une essence » ;

une compréhension du Capital comme un ouvrage non-historique (en-dehors de sa fin) mais comme un exposé conceptuel partant du rapport d’échange marchand comme forme « germinale » du capitalisme et ses « catégories » d’argent et de capital ;

une mention de sa critique de Proudhon et son rêve d’un Marché sans argent ;

une suggestion de son dépassement du « positivisme » et de l’hégélianisme ;

un excursus sur son inspiration des méthodes scientifiques ;

une distinction du niveau conceptuel (et non « logique ») et du niveau historique ;

une critique des lectures hégéliennes du Capital ;

une critique du déterminisme des lectures du Capital comme un système fermé automate totalitaire, et une présentation du Capital et du capitalisme comme une globalité non-fermée ;

et enfin une mise en exergue du caractère « irrationnel » du capitalisme.


Liens

Le Capital et ses traductions

Le travail comme catégorie capitaliste

Note supplémentaire de Vincent des Giménologues

L’homogénéisation des activités « productives », avant l’émergence du capital, a été une condition de possibilité de la constitution du travail tel qu’il existe sous le capital, à savoir celui dont Marx a parlé en forgeant le concept de « travail abstrait ». Sa réflexion dans le premier chapitre du livre 1 du Capital l’a conduit à forger un second concept, celui du « fétichisme de la marchandise », qui rend raison de la réification et de l’autonomisation de certains rapports entre les humains.

Dès lors, mettre en accusation le travail en soi ne correspond pas à la critique de l’économie politique telle que Marx la développe dans le Capital. Dans cet ouvrage, Marx ne fait porter son analyse que sur le travail sous le capital, le travail subsumé sous le capital, et il ne s’intéresse pas au travail en soi, celui qui désignerait les activités productives humaines réglant le métabolisme avec la nature. Ces dernières sont renvoyées à la période de transition vers le communisme, voire à la société communiste elle-même. Même si Marx ne le dit pas, on peut déduire de son analyse la proposition selon laquelle seule l’abolition du fétichisme de la marchandise permettra d’explorer à nouveau un vaste champ des activités possibles, dégagées de toute homogénéisation. Marx lui-même, qui manque de culture anthropologique et qui reste un homme de son temps, ne parvient pas à imaginer que les humains vivant dans une société post-capitaliste pourraient bien ne plus du tout ranger leurs activités « productives » sous la catégorie de « travail », d’abord pour cette simple raison que ces activités ne seraient plus concues comme « productives ». Donc, la condamnation tout azimut du travail, telle que Marx l’a pratiquée dans ses textes de jeunesse (dans son époque hégélienne romantique), et telle qu’elle a été reprise et popularisée par les situationnistes, verse dans la confusion dénoncée par Marx dans ses textes de la maturité quand il critique les économistes classiques, qui liaient si bien les formes mystifiantes du capitalisme au travail en soi qu’ils en venaient à naturaliser ces formes mystifiantes : en somme, le capitalisme aurait toujours existé et existera toujours, de manière patente ou latente.

Note supplémentaire de l’animateur

La critique du « travail » dans notre émission est, évidemment, à comprendre comme une critique de l’activité de production capitaliste, et non pas comme une critique de toute forme d’activité de production humaine.

BICENTENAIRE DE KARL MARX

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