Sortir du capitalisme fête ses 10 ans !
Il y a 10 ans, le 19 janvier 2016, Sortir du capitalisme enregistrait sa première émission au studio de Radio Libertaire à Paris. L’émission est née un peu par hasard. Son fondateur, Armand Paris, qui animait à l’époque le blog Pensée radicale en construction, avait proposé au moment de la COP 21 d’intervenir sur cette radio anarchiste historique au sujet des liens entre capitalisme et destruction de la planète. Une des responsables de Radio Libertaire de l’époque, C., après une lecture des articles du blog Pensée radicale en construction, lui proposa plutôt d’animer une émission. D’un commun accord, elle fut intitulée Sortir du capitalisme, du nom d’un éphémère projet de continuation de la revue Sortir de l’économie auquel Armand était à l’époque associé. Grâce à Jean-Claude à la technique, la première émission fut enregistrée en direct le mardi 19 janvier 2016 de 14h30 à 16h. Un créneau hebdomadaire (ambitieux !), qui tiendra plusieurs années grâce à Jean-Claude, avant que le covid et des désaccords grandissants avec la ligne de Radio Libertaire (sur la question du marxisme, de l’islamophobie et de la transidentité notamment) nous poussent à devenir une web radio entièrement autonome, même si elle fut également diffusée sur Radio Zinzine puis sur Fréquence Paris Plurielle en 2022. Aujourd’hui, les émissions de « Sortir du Capitalisme » sont diffusées en format podcast, sur son site et sur la plateforme militante Spectre (et, par rebond, sur d’autres plateformes de podcast). Par ses origines, Sortir du Capitalisme est lié à la riche histoire des radios libres – toujours plus menacées – et à la diffusion hertzienne en direct. Nous essayons de garder dans nos podcasts le format d’une conversation prise « sur le vif » (dans les conditions d’un direct, parfois en studio, parfois à distance), même si cette forme audio nous permet aujourd’hui d’envisager des formats audios plus travaillés et d’utiliser des modes de diffusion différents (asynchrones et multi-plateformes).
Le premier invité pressenti était Matthieu Rigouste, le deuxième Marius Loris, le troisième Maurice Rajsfus, et les deux derniers furent nos deux premiers invités : c’est dire si les questions de l’état d’urgence, de la répression policière et du durcissement autoritaire de l’Etat français furent pour beaucoup dans le lancement de Sortir du capitalisme, avant que le mouvement contre la loi travail en 2016 oriente l’émission vers les luttes et la critique du travail capitaliste. La ligne originelle du Sortir du capitalisme était celle de Pensée radicale en construction, à savoir une analyse principalement fondée sur la critique de la valeur et la technocritique anti-industrielle, comme cela s’en ressent dans les premières émissions.
Cette ligne a connu progressivement un quadruple changement, sans renier pour autant d’une part la critique radicale de la domination impersonnelle du capitalisme, de l’antisémitisme et du confusionnisme héritée de la critique de la valeur, d’autre part celle du scientisme et du technosolutionnisme héritée de la technocritique anti-industrielle. Tout d’abord, un éloignement progressif de la critique de la valeur et un rapprochement vers les marxismes anti-autoritaires, en premier lieu la communisation, pour leur rapport moins condescendant aux luttes et leur critique radicale à la fois de la domination impersonnelle du capitalisme et de la domination de classe. Ensuite, une rupture avec le courant dit anti-industriel, progressive puis plus nette au moment du covid, au sujet de l’auto-défense sanitaire, d’un rapport non-dialectique aux sciences naturelles et d’une naturalisation des rapports sociaux allant parfois jusqu’à la transphobie et au différentialisme. Enfin, une ouverture « intersectionnelle » au féminisme matérialiste, à l’antiracisme matérialiste (après un court moment d’égarement qui faisait trop de concessions aux « antiracialisateurs »), aux approches matérialistes trans, à l’antivalidisme, à l’antispécisme et à la critique de la grossophobie. Et ce, notamment dans le cadre de la série d’épisodes « Sortir du patriarcapitalisme » (co-animé avec Sofia, mettant ainsi fin au capitalocentrisme initial de l’émission. Et enfin, après un ton très polémique et un rapport parfois puriste voire sectaire à certaines positions théoriques, un infléchissement progressif vers une critique radicale plus constructive et plus pluraliste, sans pour autant tomber dans le réformisme ou le relativisme.
10 ans après notre première émission, nous avons enregistré, monté et publié une centaine d’émissions sur des sujets extrêmement variés, cumulant des centaines de milliers d’écoutes sur notre site et différentes plateformes, sans parler de nos notes de lecture, de tous nos projets inaboutis et de nos enregistrements qui attendent encore d’être montés. A notre modeste échelle et avec nos petits moyens techniques et humains, nous espérons avoir contribué à faire bouger quelques lignes sur un certain nombre de sujets pour des milliers de personnes… et c’est déjà pas mal !
Pour la suite, nous aimerions encore gagner en audience : nous sommes preneurs de toutes les bonnes volontés pour diffuser davantage Sortir du capitalisme, sur vos radios (en intégralité ou des extraits), et dans vos réseaux sociaux et militants. Nous allons également continuer à faire, à notre rythme, des émissions et des notes de lecture, alimentées entre autres par les contributions théoriques de différents collectifs ou l’activité éditoriale de maisons d’éditions amies. Nous aimerions en particulier faire davantage d’émissions sur des sujets encore trop peu traités jusqu’à alors sur notre site, à commencer par la critique anticolonialiste et antiraciste, mais aussi par exemple pour les questions techniques envisagées de manière dialectique. Nous savons que passer derrière un micro peut être intimidant, mais, ici aussi nous sommes à la recherche de camarades motivé-e-s pour, ensemble, enregistrer de nouvelles émissions (que ce soit par une préparation commune d’émission, une proposition de contribution et d’intervention, une aide au montage et au mixage). Vous pouvez nous contacter à l’adresse suivante : sortirducapitalisme at riseup.net
Sortir du capitalisme a connu des hauts, notamment lors de la mobilisation contre la loi travail, et des bas, comme lors du crash de son site Internet et du ralentissement de son activité en 2021-2022. Pour autant, grâce à Bastien qui a tenu à bout de bras le site pendant des années ; grâce à Guillaume qui a transformé nos émissions en vidéos Youtube pendant des années ; grâce à Ludivine et Sylvan qui ont développé l’activité sur les réseaux sociaux de Sortir du capitalisme ; grâce à Paul qui a co-animé et monté plusieurs émissions ; grâce à Spectre qui nous a remotivés en décembre 2021 ; et enfin et surtout grâce à Tom qui a rejoint l’équipe en 2023 et a remis sur pied notre site Internet, monté plusieurs émissions et qui est à l’initiative de nombreux projets d’émissions pour 2026 après en avoir co-animé plusieurs par le passé, Sortir du capitalisme a survécu aux aléas de la vie, au covid et aux défaites jusqu’à aujourd’hui. Mais ce qui nous a donné la force de continuer à préparer, enregistrer, monter, publier et partager nos émissions même dans les périodes difficiles, c’est surtout l’intérêt toujours renouvelé de nos auditeurs et de nos auditrices – à travers leurs mots d’appréciations sur les réseaux sociaux, par mail ou par la bouche à oreille – pour nos productions. Merci de nous avoir écouté et partagé tout au long de ses dix années, même si elles étaient parfois trop longues, parfois trop denses, parfois de qualité sonore inégale. A l’occasion de ces dix ans, n’hésitez pas à laisser un commentaire sous cette publication pour nous faire part de vos avis, critiques, pistes d’amélioration… !
Même si nous essayons de nous améliorer techniquement, théoriquement et politiquement au fur et à mesure des années, notre émission reste plus que jamais fidèle à son leitmotiv marxien anti-autoritaire : faire une « critique sans concessions de tout ce qui existe » pour faire advenir une société émancipée de toutes les dominations sociales, car si « l’arme de la critique ne peut remplacer la critique par les armes, la puissance matérielle ne peut être abattue que par la puissance matérielle, mais la théorie aussi, lorsqu’elle s’empare des masses, devient une puissance matérielle ». Si nos émissions ne sont que peu de choses face aux structures de domination et par rapport aux luttes qui les contestent, et si ces dernières sont théoriciennes par nécessité et n’ont pas besoin de nous pour penser par elles-mêmes, gageons qu’en contribuant à notre émancipation intellectuelle et à celle de nos auditeurs et de nos auditrices, elles nous poussent à lutter de manière émancipatrice.