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	<title>travail &#8211; Sortir du capitalisme</title>
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	<description>Pour une critique émancipatrice du capitalisme</description>
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	<title>travail &#8211; Sortir du capitalisme</title>
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		<title>Le pouvoir économique du capital : une contrainte muette ?</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Armand Paris]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 28 May 2026 14:41:12 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[Dans cet épisode, nous discutons du livre Contrainte Muette &#8211; Le pouvoir économique du capital (Ed. Sans Soleil) de Søren Mau avec ses traducteurices Camilla et Pablo. Pour celles et ceux qui préfèrent scinder leur écoute, ci-dessous un découpage en 3 parties qui suit l&#8217;ordre du livre et de l&#8217;émission. Partie 1 &#8211; Conditions Nous commençons par une présentation des éditions Sans Soleil et des ambitions générales du livre. Puis nous discutons des concepts (ou conditions) clés pour la définition du pouvoir économique du capital par Søren Mau : les différentes théoriques critiques et marxiennes du pouvoir, et la distinction du pouvoir économique avec les notions plus usuelles de pouvoirs coercitif et idéologique contre une théorie libérale du pouvoir, le pouvoir du capital comme « propriété émergente » (résultant de, s&#8217;imposant sur, et modifiant les rapports sociaux existants) après avoir sauté à pieds joints dans la controverse entre marxisme humaniste ou anti-humaniste, nous revenons sur son analyse de la « fragilité ontologique » du métabolisme humain avec la nature ; ou comment la fabrication sociale d&#8217;outils extra-corporels permet la prise du pouvoir du capital sur les conditions de la reproduction sociale. Partie 2 &#8211; Relations Dans cette deuxième partie, nous suivons Søren Mau dans la typologie des différentes relations structurant du pouvoir économique du capital : rapports verticaux de classe, caractérisés notamment par le contrôle de l&#8217;accès aux conditions de la reproduction sociale rapports horizontaux entre unités de production : une analyse de la domination impersonnelle du marché et du renforcement du pouvoir de la classe capitaliste par la concurrence entre capitalistes ; complétée par une discussion sur le lien entre rapports horizontaux et verticaux Cette partie inclut également une discussion critique de l&#8217;analyse de Søren Mau  sur la construction sociale du genre et la race, et sur l&#8217;exploitation de ces différences par le capital afin de renforcer sa domination. Partie 3 &#8211; Dynamiques Dans cette dernière partie, nous nous intéressons aux aspects dynamiques du pouvoir économique du capital, c&#8217;est-à-dire un pouvoir qui est à la fois condition (de l&#8217;exercice de ce pouvoir) et résultat toujours renouvelé et remodelé du fait de l&#8217;avoir exercé. De la sorte, nous nous intéressons à des exemples plus spécifiques et contemporains : les conséquences du pouvoir économique sur le lieu de travail (subsomption formelle/réelle, déqualification, analyse des machines) la reconfiguration capitaliste de la nature (subsomption réelle de la nature sous le capital) le pouvoir logistique, et donc à la dimension spatiale du pouvoir économique du capital les populations excédentaires et les crises comme résultats et sources du pouvoir de capital. L&#8217;émission se termine par une discussion critique des utilisations politiques de cet ouvrage théorique, ainsi qu&#8217;une annonce des prochaines parutions aux éditions Sans Soleil. Ressources Le site des éditions Sans Soleil Contrainte Muette a aussi été discuté et présenté par Camilla au Séminaire Marx (séance enregistrée) Au cours de cette émission nous avons notamment fait référence à : une émission de sortir du capitalisme sur Paola Tabet en discutant de la logistique, nous faisons référence au débat Bernes-Toscano. On trouve un texte de Bernes chez Endnotes (tirer le fil, ensuite&#8230;). le texte Fabrique et Forêt, traduit et publié entre temps chez Sans Soleil. Ce texte s&#8217;inspire de la richesse théorique de Contrainte Muette tout en critiquant ses analyses politiques concrètes. On peut trouver une version française de ce texte « concret » chez Contretemps. Par ailleurs, le texte Fabrique et Forêt a été partiellement discuté dans une autre émission de sortir du capitalisme. Cette émission a été enregistrée en Janvier 2026 au studio son de la Parole Errante. Note : en raison d&#8217;un problème technique survenu lors de l&#8217;enregistrement, nous avons dû faire avec les moyens du bords. Malgré nos efforts, la qualité sonore s&#8217;en ressent, toutes nos excuses ! La qualité de la discussion et son dynamisme compenseront les différents bruits&#8230;]]></description>
		
		
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		<title>Jason E. Smith. Les capitalistes rêvent-ils de moutons électriques ? L&#8217;automation à l&#8217;âge de la stagnation.</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Armand Paris]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 15 Nov 2025 14:11:48 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[Nous revenons dans cette note de lecture 1 sur l’ouvrage de Jason E. Smith, « Les capitalistes rêvent-ils de moutons électriques ? L’automation à l’âge de la stagnation », traduit et paru aux Editions Grevis en 2021, et excellemment préfacé par Daria Saburova. Si Smith n’aborde pas frontalement la question désormais omniprésente de l’intelligence artificielle générative (nous y reviendrons sommairement en conclusion), il nous semble néanmoins défendre un point de vue contemporain et original sur la question de l’automation au début du XIXème siècle. Ce livre s’inscrit d’abord dans un contexte anglophone où les discours sur l’avènement d’un âge des machines caractérisé par une automation totale du travail fleurissent, nourrissant ainsi une ribambelle de projections de droite comme de gauche, autour de thèmes tels que la fin du travail, l’oisiveté heureuse dans une société post-capitaliste d’abondance, mais aussi la croissance du chômage et l’augmentation des désordres sociaux. Jason E. Smith prend à contre-pied toutes ces analyses en s’efforçant de démontrer que notre époque se caractérise avant tout &#8212; comme l&#8217;indique le sous-titre du livre &#8212; par une stagnation économique. Avant de pousser plus en avant cette notion de stagnation, suivons Smith sur sa définition de l’automation : « Les facteurs décisifs dans la définition de ce qu’est l’automation, par contraste avec la mécanisation et la rationalisation, sont doubles : d’une part, le type de travail humain substitué (le remplacement non seulement d’opérations simples, mais aussi de la prise de décision et de la supervision) ; d’autre part, et c’est l’aspect le plus important, l’intégration d’opérations de manufacture auparavant discontinus afin que le processus de travail soit transformé en un flux continu, interrompu » (p.47) La mise en œuvre de l’automation est donc indissociable des technologies informatiques et de contrôle (boucles feedback). On comprend néanmoins à la lecture de cette définition que l’automation totale, c’est-à-dire la disparition de toute intervention humaine dans le procès de travail, est loin d’être réalisée. De plus, toute analyse qui se concentrerait uniquement sur les secteurs productifs les plus automatisés risque de négliger la part importante de secteurs intensifs en travail et peu automatisés : l’automation n’est pas uniforme, elle est intrinsèquement hétérogène et inégale. L’automation se déploie donc dans un environnement économique caractérisé par une stagnation qui, depuis environ la moitié des années 1970, prend diverses formes discutées par Smith. Tout d’abord, Smith remarque que plus la stagnation devient évidente, plus les discours sur les supposées vertus miraculeuses de la technologie contemporaine sont audibles. Concernant les indicateurs macro-économiques, Smith souligne une baisse des investissements des entreprises 2, engendrant une inertie technologique, des phénomènes de rentes et des stratégies financières (rachat d’action) qui ne favorisent pas l’innovation. Il observe aussi une stagnation des salaires réels, sans hausse significative des chiffres du chômage, en contradiction avec ce que supposerait la loi de l’offre et de la demande sur le marché du travail. Smith passe plusieurs facteurs explicatifs en revue, notamment les artefacts statistiques (non-inscription en tant que demandeur d’emploi) ou l’érosion des rapports de forces favorables aux travailleurs. Selon lui cependant, le facteur majoritaire réside dans la chute de la productivité du travail. Smith nous rappelle que, si les salaires ont augmenté durant les Trente Glorieuses, c’est grâce à des gains significatifs de productivité du travail qui ont permis à la fois d’augmenter les salaires et de préserver les marges du capital (ce qui a pu être appelé compromis fordiste). En l’absence de gains de productivité, « même les organisations de travailleurs les plus vaillantes ne peuvent rien contre les conditions et limites matérielles » (p. 109). Cette chute de la productivité du travail, a notamment été décrite dans le cadre du paradoxe connu sous le nom de paradoxe de Solow depuis 1987 : « [l’informatique, ] que tout le monde considère comme une révolution technologique a partout été accompagné d’un ralentissement de la croissance de la productivité, et non par une augmentation. L’âge de l’ordinateur est retentissant partout sauf dans les statistiques de la productivité » (p. 61). Contre ce paradoxe, certains économistes défendent l’idée d’un déphasage technologique, lié au temps de diffusion de la technologie dans l’ensemble des strates de la société. Néanmoins, Smith indique que la « reprise » ou l’émergence d’un nouveau « régime technologique » (Mandel, Kondratieff) se fait encore (trop) attendre. Pour expliquer cette chute de la productivité, Smith mobilise de manière critique la théorie de William Baumol. Cette théorie postule qu&#8217;une fois atteint un certain stade de développement économique, on peut identifier deux pôles, d’une part un secteur évolutif et dynamique technologiquement, d’autre part un secteur stagnant. Les gains de productivité déplacent la main d’œuvre du premier vers le second secteur. Par ailleurs, ces mêmes gains de productivité permettent de baisser le coût unitaire de certaines marchandises. A salaire constant, la part de salaire nécessaire pour acheter ces marchandises diminue, ce qui permet de reporter la consommation vers des biens produits par le second secteur (et donc de faire augmenter la demande en main d’œuvre de ce secteur). L’ensemble décrit un « processus harmonieux » (p. 115) avec néanmoins des différentiels de productivité croissants entre les deux secteurs, ce qui a pour conséquence une chute globale de la productivité : « la croissance globale de la productivité pour la main d’œuvre prise dans sa entièreté ne peut qu’être en baisse, puisque tout hausse supplémentaire dans l’output d’une économie dont la croissance de la productivité est ralentie demandera la mobilisation de plus en plus de main d’œuvre pour la réaliser » (p. 115) De manière implicite, ces deux secteurs correspondent d’une part à l’industrie, d’autre part aux services. L’analyse de Baumol décrit donc le phénomène de désindustrialisation (baisse de la part d’emplois industriels), observé de diverses manières aux Etats-Unis, en Europe et même partiellement en Chine. Ici, on renverra à l’ouvrage d’Aaron Benanav, « L’automatisation et le futur du travail » (Ed. Divergences), qui contient de nombreuses statistiques intéressantes. Smith est néanmoins très critique de la notion de service qui « englobe tout [ce qui n’est pas l’industrie] et apparaît finalement comme opaque » (p. 123). D’un point de vue macro-économique, la classification de service se fait d’abord à l’échelle des entreprises, indépendamment des emplois et postes réellement occupés. L’externalisation de certaines tâches et la sous-traitance peuvent ainsi faire apparaître comme service ce qui était auparavant interne à une industrie (et aurait donc été catégorisé comme industriel). La division croissante du travail rend aussi particulièrement complexe la distinction entre les tâches qui participent directement à la production et celles qui n’y participent pas. Dans cette catégorie fourre-tout, il est possible de repérer des emplois susceptibles de résister d’avantage à une certaine rationalisation et automatisation. C’est le cas par exemple des emplois, souvent moins délocalisables, dont la production est consommée immédiatement ou proche du lieu de production ; des emplois à bas salaire (compétitifs face à de l’investissement en machine) ; ou encore trop complexe à automatiser, par exemple tous les services à la personne requérant des compétences humaines et culturelles parfois implicites et difficiles à acquérir. Néanmoins, ce n’est pas une généralité : certains services se prêtent bien à l’automatisation, à l’image des fast-foods ou des caisses automatiques. La notion de productivité est également très ambiguë. La productivité est un ratio entre un input et un output, mais son évaluation en termes monétaires ou en termes concrets mène à des interprétations différentes. Smith nous donne un exemple éclairant : « Imaginons une entreprise capable de baisser de moitié le prix de ses chaussures (de 100 à 50 dollars américains), tout en doublant le nombre de paires de chaussures qu’elle produit et vend (de 50 000 à 100 000 unités). En termes d’argent, le résultat (output) généré est le même, soit 5 millions de dollars. Une telle entreprise n’aurait donc pas fait montre, en termes d’argent, d’une augmentation de la productivité du travail, même si les changements technologiques dans les processus du travail (…) doublent le nombre de paires de chaussures produites. Cette distorsion existe aussi dans l’autre sens. Si une entreprise (…) génère le même volume de production (output) et que le prix de vente unitaire augmente, alors l’output en termes d’argent augmente lui aussi. (…) Dans le cas du secteur évolutif, les gains de productivité sont cachés ; dans le cas du secteur stagnant, les gains sont attribués là où il n’y en a pas » (p.128) On voit bien ici les limites d’une analyse qui ne serait basée que sur le sens commun de la productivité (passer moins de temps à produire une même marchandise, donc être plus efficace). Par ailleurs, si l’exemple précédent s’intéresse à l’évaluation monétaire ou concrète de l’output (le numérateur du ratio définissant la productivité), Smith s’intéresse également à l’input. C’est là que l’on retrouve les stratégies d’intensification du travail (productivité horaire améliorée) ou de compression salariale (baisse du coût du travail), qui peuvent être déployées sans aucune modification technologique du procès de travail. Du point de vue d’un investisseur, seule l’évaluation en termes monétaires permet de comparer la productivité entre différentes entreprises ou différents secteurs. Cela a néanmoins pour conséquence d’exclure de l’analyse toutes les activités qui n’ont pas de prix (travail n’ayant pas de valeur d’échange mais une valeur d’usage), comme par exemple le travail reproductif non rémunéré. Et, au contraire, cela inclut dans l’analyse des activités vendues sur le marché (donc des emplois salariés) dont on peine à identifier ce qu’elles produisent vraiment (travail n’ayant pas de valeur d’usage mais une valeur d’échange), et pour lesquelles assigner une productivité est faisable mais douteux. Tel est le cas par exemple des banquiers, enseignant-e-s, ou agents de sécurité. Si donc, la notion de service est trop englobante et celle de productivité discutable suivant les emplois considérés, que faire ? Smith propose alors de revenir à la théorie marxienne à travers trois notions : la baisse tendancielle du taux de profit, le travail productif et le travail improductif. « Quand les marges de profits sont réduites, la somme de capital disponible pour l’investissement, au-delà des coûts nécessaires à faire perdurer les opérations en cours, se réduit elle aussi. Le taux de profit peut donc être compris comme ayant un rôle crucial de régulation dans la performance des économies capitalistes, puisqu’il détermine (c’est-à-dire qu’il pose les limites) le taux d’investissement et, par conséquent, tous les indicateurs précédemment mentionnés : le chômage, la productivité, la rémunération des travailleurs » (p. 143) Si la définition du taux de profit n’est pas consensuelle dans l’économie majoritaire, l’analyse marxienne est bien plus claire. Le cœur de l’analyse repose sur deux aspects. D’une part, la composition organique du capital, c’est à dire la part du « capital « constant » (l’infrastructure, le matériel, les matières premières, l’informatique etc.) » et la part du « capital « variable » (le coût de la force de travail, ou la masse salariale) ». D’autre part, « le fait que (…) seule la consommation de la force de travail dans le processus de travail génère de la survaleur » (p. 145) – nous renvoyons également ici à la note de lecture que nous avons consacré à George Caffentzis, qui traite notamment du fait que les machines ne créent pas de valeur. Marx a ainsi formulé une « loi générale (…) selon laquelle l’investissement dans les technologies économes en main d’œuvre signifie que le stock de capital augmente plus rapidement que l’investissement dans la main d’œuvre » (p. 146), menant ainsi à une baisse tendancielle des taux de profits. Cette baisse tendancielle peut néanmoins être contrecarrée par plusieurs facteurs : l’« abaissement du coût du capital constant » grâce aux gains de productivité ; la « compression des salaires » ; l’« intensification » du travail. Pendant de nombreuses décennies après la mort de Marx, la baisse tendancielle du taux de profit n’a pas été observée dans les statistiques économiques ; cela pourrait néanmoins être le cas depuis le milieu des années 1970, et ce malgré la mobilisation de l’ensemble de ces leviers de compensation par les capitalistes. Pour Smith, l’explication réside dans l’apparition d’un phénomène supplémentaire, c’est-à-dire la « réallocation » de travailleurs entre travail productif de valeur et travail improductif de valeur. Suivant Marx, Smith inclut deux grands types de...]]></description>
		
		
		
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		<title>Révolution et classes sociales</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Armand Paris]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 18 Dec 2023 11:32:51 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[Qu&#8217;est-ce qu&#8217;une classe sociale ? Sur quoi peut-on fonder une théorie des classes ? Qu&#8217;est-ce qui explique que, tendanciellement et structurellement, la classe moyenne salariée soit contre-révolutionnaire ? En quel sens et en quoi le prolétariat, la partie productrice de plus-value des classes populaires, est-elle une « classe révolutionnaire » ? Autant de questions nous tentons de répondre dans cet épisode autour de la théorie des classes à partir de Temps libre n°2, « Contributions à la théorie des classes », 2021 &#8211; avec P-O, membre de Temps libre, revue québécoise de théorie communiste. La première partie (30 minutes) comporte : Une critique d’une définition des classes en fonction du degré de rémunération ou de leur rapport aux moyens de production et non de leur pratique spécifique au sein du capitalisme (et de leur pratique historique et potentielle/tendancielle en temps de révolution) ; Une critique des approches qui ne font pas lien entre théorie des classes et théorie de la révolution ; Une définition du prolétariat comme classe du travail productif subordonné, c’est-à-dire qui est à la fois productrice de plus-value et dominée au niveau des rapports politico-idéologiques ; Une critique de l’assimilation du prolétariat à la classe ouvrière et une discussion du rôle que joue cette assimilation dans la remise en question de l’existence même du prolétariat en tant que classe ; Un portrait actualisé du prolétariat et des types d’activités qui s’y rapportent ; Une série de distinctions entre travail productif, travail improductif et travail reproductif ; Une analyse du caractère productif ou non des différents travaux appartenant à la sphère de la circulation. La deuxième partie (25 minutes) comporte : Une critique de l’idée selon laquelle seul le travail productif est, au sens propre, exploité ; Une discussion du cas du salariat déguisé à l’aune de concept de travail productif ; Une présentation de la notion de travail de subordination, qui comprend à la fois le travail de direction et surveillance et le travail intellectuel, ainsi que ses effets sur l’appartenance de classe ; Un exposé du rôle clé que joue le monopole du savoir dans la distinction travail manuel/travail intellectuel ; Une critique de la réduction de la division sociale du travail à une division purement technique, extérieure à la reproduction des rapports de domination politico-idéologiques ; Une exposition de l’articulation entre les instances économique, politique et idéologique et des rapports qui y correspondent dans la détermination de l’appartenance de classe ; La troisième partie (30 minutes) comporte : Une discussion des cas qui posent problème lorsqu’on cherche à ranger des agents d’un côté ou de l’autre de la frontière qui sépare le travail subordonné du travail subordonnant ; Une définition de la classe moyenne comme classe exclue du rapport de production fondamental de la société capitaliste et dont l’hétérogénéité est définitoire ; Une critique des définitions « positives » de la classe moyenne, c’est-à-dire qui cherchent à identifier une activité ou une place qui serait commune à tous ses membres ; Une argumentation en faveur de l’indépendance de la théorie des classes par rapport à la sociologie, en faveur d’une approche qui s’intéresse d’abord aux classes du point de vue de leur contribution à la reproduction de la totalité ; Une analyse de l’importance stratégique particulière de la partie de la classe moyenne active dans la sphère de la reproduction et où les femmes sont largement surreprésentées ; Une justification du recours aux contributions de Federici afin de comprendre les rapports entre avènement du capitaliste et transformation structurelle du patriarcat ; Une conclusion qui revient sur le projet général du numéro de la revue. Temps libre n°2 Temps Libre II – Contribution à la théorie des classes Le débat autour des thèses de Temps libre n°2 Travail productif, question féminine et autres problèmes fâcheux. Réponse à « Temps Libre » Astarian, Ferro et critiques improductives : Sur quelques objections lancées à Temps Libre n. 2 (Première partie) Astarian, Ferro et critiques improductives : Sur quelques objections lancées à Temps Libre n. 2 (Deuxième partie) Episodes évoqués ou en lien Le « populisme » des gilets jaunes, expression actuelle de la lutte des classes ? Entre Macron et Mélenchon, les classes moyennes salariées Qu’est-ce que la communisation ? Stoff, une critique marxienne du capitalisme au 21ème siècle Analyse critique du populisme Crédits Un jingle d’Armand Paris à partir d’une musique de Las 4 Estaciones – Verano (Presto) de Daniel Bautista (Classics and Soundtracks, 2004). Un montage et une présentation de Temps libre.]]></description>
		
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		<title>Coopération intégrale. Une expérience de désertion et de résistance collective face au capitalisme</title>
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		<pubDate>Sun, 20 Jan 2019 13:39:29 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[La présentation d’une expérience de coopération intégrale, échappant aux écueils de l’alternativisme (capitalisme bio, local, « éthique ») et de l’autarcie communautaire – avec des participant-e-s à cette expérience. Avec un historique de l’expérience, une présentation de la ferme d’autoproduction, de la coopération intégrale, des « lundis communs », de l’association de partage des transports [1ère partie, 30 minutes] Avec une définition de l’idée de « coopération intégrale » comme lien social inclusif fondé sur une résistance au capitalisme (notamment au sein des activités de consommation et de production) et une tentative de dépassement partiel et non une simple satisfaction des besoins individuels ; avec une présentation de la centrale d’achat/non-achat, de la mutuelle du travail, des « mingas » (travail collectif dans l’optique d’achat de moyens d’auto-production collectifs) de la « provision commune » comme activité sociale de production non-marchande et donc alternative au travail-marchandise, de la déprolétarianisation/dé-spécialisation/dé-professionnalisation et une popularisation de nombreux savoirs-faire, des tentatives de dégenrer la division des activités, le temps de parole au sein des assemblées et le langage ; avec un exposé des limites des fêtes de soutien, des groupement d’achat collectif, de l’économie collective, des coopératives intégrales classiques ; et avec une discussion critique autour de la non-mixité [2ème partie, 1 heure 10 minutes] Liens http://sortirdeleconomie.ouvaton.org/ http://www.les-renseignements-genereux.org/var/fichiers/textes/Broch_bagnole_20070127-a5.pdf http://lmsi.net/La-non-mixite-une-necessite https://emmaclit.com/2017/05/09/repartition-des-taches-hommes-femmes/]]></description>
		
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		<title>L’autre Résistance. Les résistances au travail en France sous l’Occupation (1940-1944)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Armand Paris]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 03 Oct 2018 13:43:33 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[Une autre histoire de la Résistance, non pas celle des partisans mais des prolétaires parisiens qui résistaient au fascisme en résistant au travail – avec Michael Seidman, auteur à ce sujet de Transatlantic Antifascisms: From the Spanish Civil War to the end of World War II (Cambridge University Press, 2017) et d’Ouvriers contre le travail. Barcelone et Paris pendant les Fronts populaires (Senonevero, 2010). Avec une présentation du contexte répressif des résistances au travail en France sous l’Occupation allemande (menace d’arrestation ou de déportation) ; des différentes formes de résistance (grèves perlées, vols, absentésime) dans un contexte de « fascisation » du travail (allongement des journées de travail, moindres salaires, disciplinarisation accrue, interdiction des syndicats indépendants, service du travail obligatoire [STO] en Allemagne) et de difficultés croissantes (sous-alimentation) ; d’une montée des résistances au travail comme réaction à cette fascisation, comme manifestation d’une défiance croissante vis-à-vis de Vichy et de l’Allemagne nazie (et un soutien croissant aux Alliés) et comme entrée en Résistance « antifasciste » ; et de l’apogée de cette résistance en 1944 lorsqu’elle opère un sabotage massif des transports parisiens, montrant qu’une résistance au travail massive peut devenir politique et même révolutionnaire [30 minutes] Liens Les résistances au travail dans Barcelone en guerre et en révolution Histoire de l&#8217;agriculture capitaliste en France Une histoire des résistances au travail et de l&#8217;anti-travail]]></description>
		
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		<title>Les résistances au travail dans Barcelone en guerre et en révolution (1936-1939)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Armand Paris]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 02 Oct 2018 12:01:44 +0000</pubDate>
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		<category><![CDATA[Espagne]]></category>
		<category><![CDATA[révolution]]></category>
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					<description><![CDATA[Une histoire des résistances au travail dans Barcelone en guerre et en révolution (1936-1939) – avec Michael Seidman, historien, auteur à ce sujet d’Ouvriers contre le travail. Barcelone et Paris pendant les Fronts populaires (Senonevero, 2010). Avec une présentation de l’ouvrage, de sa nouveauté d’approche et de sa réception, une présentation de l’ampleur et des formes de résistance au travail dans Barcelone en guerre et en révolution (coulage des cadences, absentéisme, maladies simulées, grève des loyers et des impôts), une discussion d’une nouvelle approche de l’émancipation comme libération des contraintes extérieures aux individus (du travail, du loyer, des impôts), une discussion de la contradiction interne de la révolution espagnole (trop modérée pour une sortie du capitalisme, trop radicale pour une victoire militaire), une théorie de l’Etat comme institution imposant aux individus de se salarier, une démonstration de l’impossibilité de l’autogestion marchande « conseilliste », une comparaison avec l’expérience du Front populaire français (1936-1938), ses coulages de cadences et sa baisse du temps de travail vécue comme « anti-fasciste », et un appel à une prise en compte des résistances au travail contemporaines [30 minutes] Liens Autres émissions évoquées ou en lien 80 ans après, une histoire de la révolution espagnole Et l&#8217;anarchisme devint Espagnol (1868-1910) Une histoire des résistances au travail et l&#8217;anti-travail De la misère en milieu étudiant : la critique situationniste Contre-histoire des grèves de 1936 et du front populaire Sorti du travail, marchandise ou barbarie Textes évoqués ou en lien http://www.mondialisme.org/spip.php?article1547 http://www.mondialisme.org/spip.php?rubrique39 http://www.mondialisme.org/spip.php?article2023 http://www.mondialisme.org/spip.php?article772 http://www.mondialisme.org/spip.php?article1866 http://www.mondialisme.org/spip.php?article1863 http://www.mondialisme.org/spip.php?article62 http://www.mondialisme.org/spip.php?article253 http://www.mondialisme.org/spip.php?article695 http://www.mondialisme.org/spip.php?article252 http://www.mondialisme.org/spip.php?article251 http://archivesautonomies.org/spip.php?article202 « Le travail est extérieur à l&#8217;ouvrier, c&#8217;est-à-dire qu&#8217;il n&#8217;appartient pas à son être ; que, dans son travail, l&#8217;ouvrier ne s&#8217;affirme pas, mais se nie ; qu&#8217;il ne s&#8217;y sent pas satisfait, mais malheureux ; qu&#8217;il n&#8217;y déploie pas une libre énergie physique et intellectuelle, mais mortifie son corps et ruine son esprit. C&#8217;est pourquoi l&#8217;ouvrier n&#8217;a le sentiment d&#8217;être à soi qu&#8217;en dehors du travail ; dans le travail, il se sent extérieur à soi-même. Il est lui quand il ne travaille pas et, quand il travaille, il n&#8217;est pas lui. Son travail n&#8217;est pas volontaire, mais contraint. Travail forcé, il n&#8217;est pas la satisfaction d&#8217;un besoin, mais seulement un moyen de satisfaire des besoins en dehors du travail. La nature aliénée du travail apparaît nettement dans le fait que, dès qu&#8217;il n&#8217;existe pas de contrainte physique ou autre, on fuit le travail comme la peste. » (Marx, Ébauche d&#8217;une critique de l&#8217;économie politique, 1844)]]></description>
		
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		<title>Ubérisation. Le travail à l’ère du capitalisme numérique de plateformes</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Armand Paris]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 01 Apr 2018 18:20:07 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Les émissions]]></category>
		<category><![CDATA[technologie]]></category>
		<category><![CDATA[travail]]></category>
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					<description><![CDATA[Le capitalisme numérique des plateformes comme Uber, Deliveroo ou Amazon Mechanics entraîne un bouleversement des conditions de travail et des modes de production du profit, obligeant à un ré-examen des analyses critiques du capitalisme et des stratégies de résistance. L’émission propose un examen approfondi de ce travail à l’ère d’une numérisation du capitalisme, une critique des lectures altercapitalistes de cette mutation et une présentation des luttes actuelles des travailleurs des plateformes – avec Marco, communiste libertaire, bon connaisseur de ces questions. Avec une définition des plateformes comme des structures capitalistes « mettant en relation un entrepreneur et un client » pour du profit (Uber, Deliveroo, Amazon Mechanics) ou comme générant des profits par une vente du trafic aux publicitaires et des informations des utilisateurs aux entreprises (Youtube, Facebook, Twitter), et donc permettant indirectement à ces publicitaires et ces entreprises de vendre leurs marchandises ; une discussion critique de l’idée d’une « exploitation productrice de survaleur » des utilisateurs des réseaux sociaux puisqu’il n’y a pas de vente et donc de valeur d’échange, et une critique des « mobilisations » individualistes pro-capitalistes à partir de cette idée ; une histoire de l’Internet capitaliste et sa contestation au nom du logiciel libre et une critique des théories des réseaux sociaux et du capitalisme cognitif comme base matérielle du communisme (Negri) alors même qu’il s’agirait au mieux d’un capitalisme autogestionnaire ; une présentation des activités marchandisées au travers des plateformes, et notamment du « micro-tasking » comme horizon (dystopique) d’un capitalisme intégralement fluide, flexible, hors-sol, mondialisé, sans coûts ou résistances liés à une concentration dans un espace commun, et ce grâce aux technologies numériques ; une explication de la globalisation capitaliste des dernières décennies comme permise par une coordination informatique du travail à une échelle mondiale ; une critique du mythe d’une fin du salariat et des usines et d’un « capitalisme immatériel » ; un exposé des conditions et de la division du travail au sein du capitalisme de plateformes ; une contextualisation du capitalisme de plateformes, en lien avec une obsolescence d’un nombre croissant de travailleurs et de travailleuses ; une critique de « l’évaluation » des ubers par leurs propres clients comme dispositifs d’auto-surveillance et de disciplinarisation ; une discussion des difficultés de résister comme travailleurs de plateformes (absence de dominant visible, pas de collectif de travail, individualisme de survie en situation de forte concurrence, dispersion spatiale) ; et une présentation des luttes de ces travailleurs [1 heure]. Liens http://www.palim-psao.fr/article-empire-le-monde-en-crise-comme-disneyland-de-la-multitude-hardt-negri-par-robert-kurz-65526746.html Une histoire des résistances au travail et de l&#8217;anti-travail Les propositions de Bernard Friot en débat Lordon, altercapitaliste Le refus du travail dans l&#8217;Italie révoltée des années 1960-1970 Une histoire du mouvement révolutionnaire 1881-1914]]></description>
		
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		<title>Paola Tabet &#8211; La construction sociale de l’inégalité des sexes. Des outils et des corps</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Armand Paris]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 04 Jul 2017 17:14:16 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Notes de lecture]]></category>
		<category><![CDATA[féminisme matérialiste]]></category>
		<category><![CDATA[travail]]></category>
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					<description><![CDATA[Paola Tabet, La construction sociale de l’inégalité des sexes. Des outils et des corps, Paris, L’Harmattan, 1998 « Les mains, les outils, les armes », paru une première fois en langue française dans L’Homme (principale revue française d’anthropologie) en 1979[1] au sein d’un numéro thématique intitulé « Les catégories de sexe en anthropologie sociale », et « Fertilité naturelle, reproduction forcée », paru une première fois dans L’Arraisonnement des femmes en 1985[2] aux éditions de l’EHESS, sont deux textes de l’anthropologue italienne Paola Tabet, professeure d’anthropologie à l’Université de Calabre et également auteure en langue française de La grande arnaque. Sexualité des femmes et échange économico-sexuel[3]. Ils ont tous deux été réédités en un volume intitulé La construction sociale de l’inégalité des sexes. Des outils et des corps en 1998, et ce dans l’excellente collection « Bibliothèque du féminisme » des éditions L’Harmattan. Il s’agit de deux textes importants de l’anthropologie féministe matérialiste. L’un, « Les mains, les outils, les armes », parce qu’il revisite l’inégalité sociale de genre et la division genrée du travail, objets centraux de l’anthropologie, sous l’angle « matérialiste » de la répartition (inégalitaire) des outils. L’autre, « Fertilité naturelle, reproduction forcée », parce qu’il considère de manière novatrice la reproduction non comme un donné naturel, mais comme une production socialement organisée. Je me contenterais ici de faire une synthèse des deux articles de Paola Tabet, sans chercher à en faire une actualisation (aujourd’hui, on parlerait de division genrée du travail et non de division sexuelle du travail, de genre et non de sexe, etc.) et sans critiquer son utilisation non-spécifique du concept de travail. J’invite cependant mes lectrices et mes lecteurs à lire cette synthèse en l’actualisant de leur côté. « Les mains, les outils, les armes » Paola Tabet commence son article en disant qu’il n’y a pas eu jusqu’ici [1979] d’étude systématique satisfaisante d’un aspect central de la division sexuelle du travail : la répartition des outils en fonction du sexe et leur impact en termes de division (inégale) du travail et de domination masculine. Pour elle, il y a eu principalement en anthropologie jusqu’ici une lecture de la division sexuelle du travail comme complémentarité naturelle des sexes s’entre-aidant. Elle cite, comme exemples, les travaux de Godelier (qui en parle en termes de « destin »[4]), de Leacock (qu’elle critique en considérant qu’il n’y a pu avoir d’accentuation des inégalités hommes-femmes suite à la colonisation qu’en raison du terreau inégalitaire de ces sociétés) ou encore de Leroi-Gourhan. Elle remarque qu’à chaque fois, « complémentarité » est non seulement synonyme d’une division équilibrée, d’une répartition d’activités d’importance égale, mais également elle est postulée comme d’origine naturelle. Tabet effectue ensuite une critique de Murdock et Provost[5], montrant notamment qu’ils attribuent aux femmes des avantages « naturels » moindres dans l’exercice de tâches physiques difficiles, d’où un soi-disant monopole masculin « naturel » de ces activités, alors qu’en réalité les femmes en effectuent un grand nombre (portage de l’eau et du bois, désherbage, etc.). Elle rappelle également que les activités des femmes sont définies sur une base négative, par leur exclusion de tâches réservées aux hommes. Contre cette lecture complémentariste et « naturalisante » de la division sexuelle du travail, qu’on retrouve selon elle y compris chez les anthropologues reconnaissant l’importance qu’a le monopole masculin sur la chasse, la guerre et les armes dans l’inégalité hommes-femmes, Paola Tabet fait référence (comme Gayle Rubin dans The Traffic in Women[6]) aux travaux de Lévi-Strauss, qui a fait de la division sexuelle du travail « un moyen d’instituer un état de dépendance réciproque entre les sexes[7] », et de Maxine Molyneux, pour qui elle doit « être conceptualisée comme une construction sociale » et que postuler son caractère naturel « dissimule l’existence d’importants mécanismes socialement déterminés qui s’articulent avec la « biologie » »[8]. Paola Tabet s’inscrit dans cette vision « constructiviste », anti-naturaliste de la division sexuelle du travail, qu’elle considère comme « division socio-sexuée du travail » à l’instar de Nicole-Claude Matthieu[9]. Même au sein des sociétés « égalitaires », pour elle, la division du travail est inégalitaire, constituant un rapport d’exploitation (elle parle de « rapports de classe entre les deux sexes », une analogie qu’on retrouve également chez Christine Delphy[10]) plutôt que de coopération, ce qui se manifesterait dans une répartition asymétrique des tâches basée sur une exclusion des femmes de certaines tâches et leur assignation à d’autres tâches. Elle fait également référence aux travaux de Rubin[11] autour de l’assignation d’une gender identity socialement construite aux hommes et aux femmes. Son hypothèse principale est qu’il y a un sous-outillage des femmes et un monopole masculin des outils « avancés », ce qu’elle va tenter de démontrer. Critiquant l’évolutionnisme technologique « androcentrique » de Leroi-Gourhan, Paola Tabet montre au contraire qu’un des deux sexes s’est réservé historiquement un dépassement possible de ses capacités physiques grâce à des outils toujours plus avancés, tandis que l’autre sexe s’est vu limité à son propre corps et aux outils rudimentaires. Pour elle, cela fait écho au statut même d’ « outil » des femmes comme travailleuses, comme reproductrices et comme fournisseuses de services sexuels, exploitation qu’elle qualifie d’ « appropriation matérielle » (qu’elle préfère au concept de « sexage » de Colette Guillaumin). Elle précise néanmoins, à titre de précaution méthodologique, que cette conceptualisation est différemment pertinente en fonction des sociétés, lesquelles doivent donc faire l’objet d’enquêtes de terrain spécifiques. Paola Tabet entend questionner « l’évidence » de la répartition des outils entre sexes, lesquels seraient « adaptés » à leurs activités distinctes. Outre que cela avalise l’idée que les femmes ne feraient qu’un travail élémentaire et n’auraient donc besoin que d’un outillage simple, l’anthropologue italienne propose un renversement de perspective : les tâches assignées aux femmes seraient déterminées en raison de leur outillage simple, et c’est dans l’accaparement masculin des moyens techniques de production qu’il faut chercher les constantes de la division sexuelle du travail et un des déterminants centraux « du rapport de classe entre hommes et femmes ». Pour cela, Tabet se propose de montrer au travers d’une enquête systémique non seulement un moindre équipement des femmes, mais également une répartition socio-sexuée des tâches en fonction de la complexité de l’outillage (faible pour les femmes, forte pour les hommes). Elle se propose également de montrer qu’il existe une limitation sociale de l’emploi et du contrôle des outils par les femmes, limitation déterminant l’exclusion des femmes de certaines activités, et que cela permet aux hommes de s’assurer un contrôle des moyens techniques de production et en même temps des femmes elles-mêmes. L’anthropologue italienne pense que cela permettrait d’expliquer certaines données statistiques au sujet de la division sexuelle du travail[12] : l’absence d’activité exclusivement féminines et le caractère « résiduel » de ces activités (uniquement lorsqu’elles peuvent être accomplies sans ou avec peu d’outillage, celles-ci revenant aux hommes en cas d’introduction de nouvelles techniques). Pour ce qui est de la collecte, les femmes en sont globalement responsables en raison d’un outillage rudimentaire (ce qui n’enlève rien à leur savoir et à leur contribution alimentaire, précise Tabet), en-dehors d’une exception où il y a un quasi-monopole masculin, la récolte du contenu des troncs d’arbres, qu’on coupe justement à l’aide d’une hache. Les femmes, en Australie, doivent généralement se contenter de bâtons à fouir (objet « pénible et peu efficace » selon Leroi-Gourhan) et de couteaux grossiers, alors que les hommes sont munis de couteaux améliorés, de haches, de boucliers, de lances, de boomerangs et de propulseurs. Dans une tribu aborigène, selon un anthropologue que cite Tabet, « plus complexe est la technologie, plus la participation des hommes y est importante, et plus les processus technologiques sont simples, plus les femmes participent »[13]. Les hommes !Kung du désert du Kalahari, eux, excluent les femmes de la chasse, et leur réservent des journées de cueillette épuisantes (avec un parcours moyen entre 3 et 30 kilomètres, transportant sur leur dos des enfants pesant jusqu’à 12 kilos et des végétaux entre 7 et 15 kilos), s’accaparant l’ensemble des activités nécessitant des outils complexes et des savoirs « avancés » (feu, travail des matières premières, fabrication et utilisation des armes). Tabet nuance donc le tableau « égalitaire » qu’on a généralement dressé de cette société. Pour ce qui est des Yamana (Terre de feu, Argentine), les femmes utilisent des outils primaires dans l’optique du ramassage des fruits de mer et ne cessent de travailler, contrairement aux hommes qui disposent d’outils plus avancés et de temps libre. De manière générale, note Tabet, les femmes dépendent des hommes même pour fabriquer ces outils primaires, ceux-ci ayant un monopole du savoir-faire de fabrication. La chasse est, elle, une activité principalement masculine, mais Tabet s’intéresse au cas où les femmes participent à cette activité pour en dégager des constantes en termes d’outils et de limites. Sauf exception, les hommes fabriquent et utilisent des armes perforantes (arcs, harpons, etc.), les femmes ne disposant elles que d’ustensiles ménagers (couteaux, massues). Les femmes peuvent disposer d’armes perforantes dans de rares sociétés (Inuit, Ojibwa), mais uniquement dans des périodes de non-conjugalité (en résonance avec les mythes autour des amazones et des vierges chasseresses). Les femmes, le plus souvent, se contentent d’un rôle de rabatteuses et de pagayeuses, activités extrêmement physiques mais ne leur valant aucun droit à du temps de repos, et décisives mais ne leur valant aucune considération. Lorsqu’elles chassent elles-mêmes, elles doivent se contenter de cailloux, de bâtons, de petites massues, d’arcs munis de flèches à pointe globuleuse, de chiens ou encore de pièges en fibres végétales. Les hommes peuvent également chasser avec ces armes, observe Tabet, mais les femmes ne peuvent jamais utiliser des armes « masculines » : ce n’est donc pas la chasse qui est interdite aux femmes, mais bien l’accès à des armes performantes (ce qu’explique Alain Testart, de manière non-matérialiste, par « l’idéologie du sang »[14]). Pour ce qui est de la pêche, les femmes disposent de davantage d’outils à leur disposition, et souvent il s’agit d’outils fabriqués à partir de matériaux qu’elles travaillent. Elles ne peuvent cependant contrôler l’ensemble du processus technique en raison du contrôle masculin du savoir-faire de fabrication des embarcations, souvent indispensables. Surtout, les femmes sont exclues de la pêche à perforation balistique (harpons, flèches) exclusivement masculine, se contentant de la pêche menée à l’aide de parois immobilisantes (filets, pièges) et de perforations non-balistiques (croches, hameçons). L’anthropologue italienne explique qu’il s’agit là d’un aspect de l’interdit général des armes performantes imposé aux femmes, et qu’ici comme ailleurs cela entraîne une moindre productivité des pêches féminines (c’est donc contre-productif au niveau des ressources alimentaires d’une société donnée). La pêche masculine, elle, est moins fréquente, rapporte moins de ressources alimentaires (malgré une supériorité technique), mais est plus prestigieuse. Une autre exclusion se dessine lorsqu’on considère l’activité de pêche comme un complexe technique, selon Tabet. Les femmes sont en effet exclues de la pêche éloignée du rivage de par leur exclusion des embarcations développées (en-dehors donc des canots d’écorce et des pirogues basiques) dont l’utilisation se masculinise plus elles sont complexes. Les hommes disposent ainsi d’un monopole des armes et des embarcations complexes, et donc d’un contrôle (relatif) des activités de pêche. Tabet prend l’exemple de Tikopia (îles Salomon) et de Buka (île de Nouvelle-Guinée) pour démontrer qu’au final, les femmes sont souvent contraintes de pêcher à main nue. L’agriculture, enfin, n’est pas en reste en termes d’exclusion des femmes de certains outils. Les femmes sont généralement exclues de l’usage de la charrue[15] et doivent se contenter de la houe, moins performante. Dans certaines sociétés, les femmes prennent même en charge l’ensemble de l’activité agricole en compagnie d’esclaves razziés, les hommes étant libérés des activités agricoles. Encore une fois, l’invention de nouveaux outils plus efficaces (charrue) conduit à une masculinisation de l’activité[16] (en l’occurrence, du labour). Au sein des sociétés sans charrue, généralement, les femmes n’ont que des bâtons à fouir et des houes, employés habituellement dans l’activité de cueillette, tandis que les hommes disposent d’outils (haches, coupe-coupe, etc.) généralement utilisés au sein des chasses masculines. Elle remarque également que les outils employés pour les travaux de défrichage et de construction de palissades, travaux réservés quasi-exclusivement aux hommes, sont en même temps des outils et des armes, et permettent aussi de fabriquer des outils, d’où l’exclusion des femmes de ces activités. Tabet met alors en parallèle l’agriculture avec la pêche, avec une double interdiction faite aux femmes d’employer des outils-armes et des instruments de productions (charrue dans un cas, embarcation dans l’autre) : il s’agit...]]></description>
		
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		<title>Giuseppe Rensi &#8211; Contre le travail</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Armand Paris]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 14 May 2017 20:51:06 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Notes de lecture]]></category>
		<category><![CDATA[travail]]></category>
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					<description><![CDATA[Giuseppe Rensi, Contre le travail, Paris, Allia, 2017 Les éditions Allia rééditent l’ouvrage de Giuseppe Rensi, Il lavoro, « Contre le travail », traduit de l’italien par Marie-José Tramuta. Publié en 1923, la même année qu’Histoire et conscience de classe (Lukács), cet essai propose une critique originale et radicale du travail, dont la dimension « morale » s’affirme à chaque page. Rensi, penseur subversif s’étant opposé à la droite néo-hégélienne de son temps, proposa une philosophie sceptique et post-leopardienne. Il fut condamné par contumace à 11 ans de prison, tandis qu’il dirigeait la revue Lotta di Classe, et fut évincé plus tard, en 1927, de sa chaire de philosophie morale à l’université de Gênes. En 1903, exilé en Suisse, il fut le premier député socialiste élu dans le Tessin. Il fut au sommet des avant-gardes artistiques de son époque, et reste un précurseur des situationnistes, avec ce plaidoyer contre le travail. Les antilogies du travail De façon cohérente, Rensi évoque d’abord la dualité du terme de « justice » qui s’impose lorsqu’on évoque la question du travail. La dite « justice » bourgeoise, qui s’impose généalogiquement par la force (expropriations), renvoie à l’injustice de la dépossession et du dénuement : l’individu au travail est dépossédé de son outil de travail, et du produit de son travail. L’extorsion d’une plus-value, condition du profit bourgeois, ajoute à cela une injustice plus explicite, institutionnalisée cyniquement. Le pseudo-contrat de travail qui relie un employeur à son employé entérine « juridiquement » une situation qui est de fait injuste, imposée par la force. Le « travailleur libre », qui ne « dispose » que de sa force de travail, ne travaille pas en fait de façon « libre », ni donc de façon « juste », mais il est contraint de se vendre, ne serait-ce que pour survivre. Rensi n’évoque pas ces dimensions économiques dans le détail, mais sa diatribe morale contient en germe tout le scandale capitaliste relatif à la réification des individus devant travailler, réification que décrira Lukács précisément la même année. Il oppose une pseudo-justice, idéologiquement affirmée, mais imposée par la force, à une justice véridique, qui consiste à revendiquer l’émancipation à l’égard du travail. L’appareil policier et militaire dont dispose la bourgeoisie, par laquelle elle fait respecter le « droit » à la propriété privée, repose sur une violence expropriatrice et dépossédante de principe, et son monopole de la force n’est « légitime » que dans l’inversion idéologique. Qui voudrait renverser cette pseudo-justice le ferait au nom d’une justice plus impérieuse, soit celle qui reconnaît la dignité de toute personne humaine, et son droit à s’appartenir elle-même, à avoir une réelle emprise sur son activité propre. En un certain sens, Rensi évoque ici une dissociation à l’œuvre : ce qui se dit « juste » au sein du capitalisme morbide est l’injuste en soi, socialement et pratiquement parlant. La thèse de Rensi est claire et simple : au plus cette pseudo-justice idéologique, au fil du processus économique, accompagne une réalité cyniquement et explicitement injuste, au plus elle sera combattue fermement, car un sentiment de légitimité plus fort pourra se développer dans les luttes contre « l’ordre » admis. A la même époque, un philosophe allemand, Walter Benjamin, pourra donner une résonnance originale, « adamique », à ces intuitions de Rensi à propos de la dissociation qui vient se nicher au cœur même de la désignation des faits par les mots, dans un monde réellement inversé, où le vrai est un moment du faux : « La dénomination adamique est si loin d&#8217;être un jeu ou un arbitraire que c&#8217;est elle, précisément, qui définit comme tel l&#8217;état paradisiaque, où il n&#8217;était pas besoin de se battre avec la valeur de communication des mots. De même qu&#8217;elles se donnent sans intention dans la dénomination, les idées doivent aussi se renouveler dans la contemplation philosophique. Dans ce renouvellement, c&#8217;est la perception originelle des mots qui se rétablit. Et c&#8217;est ainsi que dans le cours de son histoire, qui a si souvent été un objet de railleries, la philosophie apparaît avec raison comme une lutte dont l&#8217;enjeu est la présentation d&#8217;un petit nombre de mots, toujours les mêmes &#8211; autrement dit d&#8217;idées. Il y a donc lieu de faire des réserves, à l&#8217;intérieur du domaine philosophique, sur l&#8217;introduction de terminologies nouvelles, dans la mesure où elle ne se limite pas strictement au domaine conceptuel mais vise les objets suprêmes de la contemplation. Il manque à ce genre de terminologies [&#8230;] l&#8217;objectivité que l&#8217;histoire a conférée aux principales expressions caractéristiques de la contemplation philosophique. » Walter Benjamin, préface épistémo-critique de l&#8217;Origine du drame baroque allemand.   Le travail est-il moral ou immoral ? Le travail est à la fois considéré comme la condition morale de toute élévation spirituelle, et en même temps, puisqu’il n’est pas cette élévation contemplative, dans le temps de son déroulement, mais l’exclut, il est considéré comme un fardeau, un épuisement injustifiable, un scandale. Il faut travailler pour s’élever à la dignité morale, nous disent les idéologues du travail, mais en même temps tout travail empêche l’exercice de cette dignité. Rensi évoque ici un système de récompenses qui fait penser au christianisme. Il ne précise pas ce fait, mais c’est bien l’éthique protestante, qui fait du travail une vertu, qui est mise en cause ici. Comme religion qui accompagne les premiers pas du capitalisme (anglicanisme), le protestantisme tente de justifier, déjà avec Luther, l’injustifiable : l’exploitation en tant que telle. Et ce, précisément, en faisant du travail une valeur morale en soi. C’est aussi plus globalement le mythe du « péché originel » qu’on peut questionner : le travail est une condamnation subie après la chute. Comme « rachat », il peut être considéré comme « moral ». Mais comme empreinte de la faute, il rappelle l’immoralité foncière de l’humain. Plus globalement, c’est la dualité de la vie active et de la vie contemplative que Rensi envisage : seule la contemplation permet d’envisager sereinement le devoir moral, mais pour « mériter » l’accès à cette contemplation, encore faut-il avoir agi dans la sphère du travail. La souffrance de l’individu au travail le rend digne de la moralité, et finalement digne du bonheur que devrait garantir cette moralité, pour reprendre une idée du grand protestant Emmanuel Kant. Seulement, selon Rensi, le cynisme du système bourgeois réside dans le fait que ceux qui travaillent accèdent à cette dignité morale sans jamais pouvoir accéder à la vie contemplative, si bien que leur travail est de part en part traversé par l’injustice. Ce sont les gestionnaires bourgeois qui ont « inventé » cette moralité du travail pour mieux soumettre les travailleurs, pour mieux leur faire aimer leur servitude. La « fierté », la « dignité » du travailleur, sont des sentiments pathologiquement extorqués aux travailleurs qui ne montrent qu’une seule chose : la radicale efficacité de l’idéologie bourgeoise du travail. La dévalorisation morale du travail crée la survalorisation économique Le raisonnement de Rensi ici est assez simple : si le travail est considéré comme une vertu, les travailleurs n’ont pas à être exigeants en ce qui concerne la rétribution monétaire, puisqu’ils devraient déjà être « bien heureux » d’être ainsi rétribué « moralement ». Mais s’il est davantage conçu comme fardeau, comme peine, comme scandale injustifiable, les travailleurs tendent à durcir leurs revendications, et la rétribution du travail doit suivre en conséquence. Au plus la rationalisation du travail s’accroît, au plus le travailleur est disloqué subjectivement, et au plus il devient clair que le travail est une peine injustifiable. L’idéologie du travail comme « vertu » perd tout son crédit. Rensi écrit dans les années 1920 : le taylorisme se développe, et il devient toujours plus évident que le travailleur n’est qu’un appendice de la machine, laquelle cristallise des théories scientifiques qui le dépossèdent de son activité. Toujours plus, de ce fait, il apparaît que le travail est une déshumanisation, un fardeau, et en rien une « élévation morale ». De ce fait, si l’on suit la logique de Rensi, les travailleurs exigeront la revalorisation économique de leur labeur, car les dissociations idéologiques bourgeoises ne sont plus tenables. On trouve avec Rensi, de ce fait, une interprétation originale, morale, précisément, du « cercle vertueux » du fordisme. Le juste fondement de la haine du travail Rensi reprend ici un argument que l’on retrouvera sous la plume d’Arendt, dans La crise de la culture, et dans Condition de l’homme moderne. Le travail soumet les individus aux cycles biologiques de la survie : il assigne l’individu humain au point de vue animal de la reproduction de l’espèce. De ce fait, il le prive de ce qui le spécifie en tant qu’humain, de sa liberté et de sa spiritualité propres. Si les humains ne font que s’insérer dans une circularité répétitive de la production et de la consommation, en ne faisant que travailler, ils sont privés de la linéarité historique proprement humaine. Ils sont rejetés hors humanité et hors histoire. Les propos de Rensi, ici, ont quelque chose d’anthropocentrique : Rensi est un penseur de son temps. Sa distinction entre la vie contemplative et le travail évoque d’antiques distinctions aristocratiques (grecques) dont il faudrait s’émanciper aujourd’hui. La société qu’il promeut, en un certain sens, serait la démocratie athénienne, moins l’esclavage. Mais ces préconisations anachroniques ne s’adaptent pas aux exigences modernes, et il faudrait peut-être critiquer cette distinction encore très « humaniste » entre la vie active et la vie contemplative (distinction que Marx lui-même, comme penseur utopiste, pouvait soutenir, ici ou là). Néanmoins, cette idée que la sphère du travail est une sphère de la survie qui abolit toute possibilité de vie libre et émancipée reste porteuse, et n’a pas perdu de son actualité. Travail et jeu Le jeu, tout comme l’activité artistique, scientifique ou philosophique, sont des fins en soi, qui se suffisent à elles-mêmes, selon Rensi, contrairement au travail, qui n’est qu’un moyen en vue de la survie. La distinction entre création libre et production mécanique est ici faite implicitement : la première émancipe, et fait surgir le nouveau comme nouveau, l’irréversible, là où la seconde soumet à la nécessité implacable du « cours des choses », cyclique et répétitif. Parce qu’il n’est pas fin en soi épanouissante, mais moyen contraint, le travail est vécu comme une astreinte pure, et il doit donc être aboli. Rensi n’envisage pas ici le fait que, dans une société marchande, les activités qu’il qualifie de « fins en soi » deviennent toujours plus des moyens productifs non seulement en vue de la survie, mais aussi et surtout en vue de la valorisation de la valeur économique. Ils perdent tout désintéressement. L’art, le sport, par exemple, ne finissent par valoir que dans leur relation à l’argent qu’ils brassent. En outre, Rensi n’aperçoit pas assez que la science et la philosophie, par exemple, comme idéologies, n’ont rien de désintéressées, mais consolident rétroactivement une situation matérielle et sociale dans laquelle le travail intellectuel, comme organe de la gestion du tout social, a intérêt à maintenir les rapports de production en place. La première section de l’Idéologie allemande indique des pistes intéressantes, à ce sujet. Mais il reste pertinent de montrer que certains individus, qui font de la philosophie ou de la science toute la journée, et sont rétribués pour cela, ne subissent pas la contrainte que d’autres travailleurs « manuels » subissent au quotidien, et conçoivent de ce fait différemment la critique radicale du travail (c’est-à-dire, peut-être : « de l’extérieur »). Le « travail » intellectuel mérite-t-il rétribution ? A priori, le travail intellectuel est à lui-même sa propre rétribution : il est épanouissement. Là où le travail manuel, qui écrase toujours plus les individus, exige impérieusement une rétribution à la mesure de la contrainte subie. Cela étant, il se trouve que le travail intellectuel, qui définit une « culture » légitime, implique une position sociale privilégiée, là où le travail manuel est faiblement rémunéré. Les prolétaires perdent sur les deux tableaux : on leur refuse toute « élévation spirituelle », et en outre ils connaissent le dénuement. Rensi, en socialiste cohérent, préconise la réappropriation par les prolétaires de l’activité spirituelle, et des biens produits.   Le caractère de « fin en soi » de l’homme...]]></description>
		
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		<title>Le refus du travail dans l’Italie révoltée des années 60-70 – entretien avec Oreste Scalzone</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Armand Paris]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 12 Mar 2017 16:36:45 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[40 ans après l’insurrection de Bologne des 11-12 mars 1977 (et sa reconquête par des chars d’assaut), une histoire du refus du travail dans l’Italie révoltée des années 1960-1970 – avec Oreste Scalzone, protagoniste central de ces années-là. Dans cette émission consacrée à un aspect central des théories critiques et des luttes autonomes de l’Italie révoltée des années 1960-70, Oreste Scalzone nous offre d’abord un aperçu des théories critiques du travail (« refus du travail » et « lutte contre le travail ») développées au sein de l&#8217;opéraïsme [1ère partie, 30 minutes]. Dans une seconde partie, il évoque quelques pratiques de « l’anti-travail » de l’Autonomie italienne (« auto-réductions », grèves des loyers, squats) et parle de leur vision non-programmatique du communisme comme désir de communisation et comme « mouvement réel qui abolit l&#8217;état actuel des choses » (Marx) [2ème partie, 30 minutes]. Liens Autres émissions de critique et de refus du travail Critique radicale du projet de réforme du code du travail (2016), de l&#8217;organisation néo-capitaliste du travail et du travail capitaliste en crise Sortir du travail-marchandise ou barbarie Une histoire des résistances au travail et de l&#8217;anti-travail L’Italie révoltée des années 1960-1970 Note de lecture : Alessandro Stella, années de rêves et de plomb. Des grèves à la lutte armée en Italie, 1968-1980 https://lundi.am/Oreste-Scalzone-contre-la-montre-integral http://www.zones-subversives.com/article-insurrection-des-desirs-dans-l-italie-des-annees-1970-98161694.html http://senonevero.communisation.net/IMG/pdf/a_l_assaut_du_ciel.pdf Oreste Scalzone http://www.lemonde.fr/europe/article/2007/02/06/le-retour-en-italie-d-oreste-scalzone_864116_3214.html http://www.orestescalzone.over-blog.com  « Le communisme n&#8217;est pas la lutte pour un autre travail, il est lutte pour l&#8217;abolition du travail. (&#8230;) Le prolétaire qui lutte, il commence toujours plus tôt, c&#8217;est un rebelle avant de devenir un travailleur, car la taupe révolutionnaire est à l&#8217;œuvre dans tous les champs de lutte de la famille au quartier et à l’école ». (Éditorial du supplément au n°15 de Rosso, mai 1975, cité dans Autonomie ! de Marcello Tari) « Le travail n&#8217;est pas une façon de vivre. Mais l&#8217;obligation de se vendre pour vivre. Et c&#8217;est en luttant contre le travail, contre cette vente forcée d&#8217;eux-mêmes (les ouvriers) qu&#8217;ils se heurtent aux règles de la société. Et c&#8217;est en luttant pour travailler moins, pour ne plus se laisser empoisonner par le travail qu&#8217;ils luttent aussi contre la nocivité. Car il est nocif de se lever tous les matins pour aller travailler, il est nocif de suivre les rythmes, les modes de la production, il est nocif de faire les roulements, il est nocif de rentrer chez soi avec un travail qui te contraint le lendemain de retourner à l’usine ». (Assemblée autonome de Porto Marghera, 1974 cité dans Autonomie ! de Marcelo Tari)]]></description>
		
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