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	<title>patriarcat &#8211; Sortir du capitalisme</title>
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	<description>Pour une critique émancipatrice du capitalisme</description>
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	<title>patriarcat &#8211; Sortir du capitalisme</title>
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		<title>La grossesse comme travail. Une analyse sociologique féministe</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Armand Paris]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 21 Jun 2025 18:54:37 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Sortir du patriarcapitalisme]]></category>
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					<description><![CDATA[Un épisode autour de la grossesse comme travail dans une perspective sociologique féministe – avec Sofia, co-animatrice de Sortir du patriarcapitalisme, et Elsa Boulet, sociologue du genre, co-directrice d’Enfanter, entre normes médicales et représentations sociales (Erès, 2024) et autrice de Espaces et temps de la « production d&#8217;enfants ». Sociologie des grossesses ordinaires (thèse de sociologie, Université Lumière Lyon 2, 2020).]]></description>
		
		
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		<title>Le genre du capital. Dépossession des femmes et reproduction du patriarcat par la famille et le droit</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Armand Paris]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 17 May 2025 19:47:47 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Sortir du patriarcapitalisme]]></category>
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					<description><![CDATA[Un épisode sur la reproduction du capitalisme patriarcal et la dépossession systémique des femmes au moment des séparations et des héritages, à partir de Le genre du capital. Comment la famille reproduit les inégalités (La Découverte, 2020) – avec les autrices, Céline Bessière, professeure de sociologie à l’Université Paris-Dauphine, et Sybille Gollac, sociologue chargée de recherche au CNRS. L’émission (1 heure) comporte : Une présentation de la genèse de l’émission et du livre (2’) ; Une analyse de l’héritage comme égalitaire de jure mais inégalitaire de facto en France, aboutissant à un doublement des inégalités de patrimoine entre hommes et femmes entre 1998 et 2015 (8’) ; Une analyse des stratégies de reproduction capitalistes familiales comme inégalitaires du point de vue du genre (9’) ; Une présentation des concepts de « stratégie familiale de reproduction » et de « comptabilité inversée », un outil utilisé par les acteurs et actrices du droit pour favoriser l’accumulation du patrimoine masculin aux dépens des femmes aux moments des héritages et des séparations (23’) ; Une analyse des mécanismes concrets de dépossession des femmes au moment des héritages et des séparations, et notamment des mécanismes de violence physique, psychologique et économique qui préparent cette dépossession en amont des séparations (31’) ; Une déconstruction du discours masculiniste qui fait de la justice familiale une justice de femmes à l’avantage des femmes, alors que c’est en réalité une justice favorable aux hommes et défavorable aux femmes (37’) ; Un résumé des thèses principales du livre sur les mécanismes familiaux et juridiques de reproduction des inégalités de genre (47’) ; Une analyse critique du rôle des professionnels du droit dans la reproduction des inégalités de genre (55’) ; Une conclusion sur le rôle de la famille et du droit dans la reproduction d’un ordre économiquement inégalitaire entre hommes et femmes, et in fine dans la reproduction de la société de classes et du capitalisme (1h05’). Liens Note de lecture d&#8217;un ouvrage évoqué Christine Delphy – L’ennemi principal. Économie politique du patriarcat Crédits Un jingle d’Armand Paris à partir d’une musique libre de droits de Vivaldi – The Four Seasons « Summer » – Presto – RV 315 de GregorQuendel (Pixabay). Un entretien de 2021 d’Armand Paris et de Sofia. Un montage minimal et une présentation d’Armand Paris.]]></description>
		
		
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		<title>Aux racines de la domination masculine. Le féminisme matérialiste de Paola Tabet</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Armand Paris]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 26 Apr 2025 23:07:38 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Les émissions]]></category>
		<category><![CDATA[anthropologie]]></category>
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					<description><![CDATA[Un épisode en deux parties qui va aux racines de la domination masculine à partir de travaux de l’anthropologue et féministe matérialiste Paola Tabet rassemblés dans Les doigts coupés. Une anthropologie féministe (La Dispute, 2018) – avec Leila Ouitis, autrice de plusieurs articles sur l’Algérie et une approche matérialiste de la question raciale, et Lise K., doctorante en sociologie du travail et du genre. La première partie (1 heure 10 minutes) comporte : Un rappel du contexte de cette émission, conçue comme un prolongement d’une séance du séminaire Marx et un approfondissement de nos notes de lecture et de nos émissions sur La construction sociale de l’inégalité des sexes (L’Harmattan, 1998), La grande arnaque (L’Harmattan, 2005) et plus généralement le féminisme matérialiste, et qui consiste en une présentation et une discussion de « Les mains, les outils, les armes » (1979), de « Fertilité naturelle, procréation forcée » (1985) et de La grande arnaque de Paola Tabet [1’] ; Une histoire du féminisme matérialiste, produit des luttes féministes des années 1968 et du Mouvement de Libération des Femmes (MLF) [4’] ; Une présentation du concept de travail domestique chez Christine Delphy [16’] ; Une analyse de la construction sociale des femmes en tant que classe / genre / sexe social [20’] ; Une présentation biographique de Paola Tabet, du Parti Communiste Italien au féminisme matérialiste en passant les hippies [27’] ; Une analyse des racines « matérielles » de la domination masculine, et notamment du monopole masculin sur les armes et les outils les plus performants, ainsi que leur fabrication, à partir de « Les mains, les outils, les armes », en discussion avec les thèses d’Engels sur les origines du patriarcat [33’] ; Une précision sur les concepts de matriarcat et matrilinéarité [38’] ; Une présentation des thèses de Paola Tabet sur les racines de ladite « division sexuelle du travail », en discussion avec les travaux anthropologiques de son époque [42’] ; Les exemples récents de monopolisation masculine des outils les plus performants : informatique, chirurgie, etc. [51’] ; Une critique des explications naturalistes et économicistes de ladite « division sexuelle du travail » [52’] ; Une présentation du concept de sexage, i.e. de l’appropriation des femmes comme « outils » par les hommes, et une mise en rapport de l’évolutionnisme de Leroi-Gourhan et de l’anthropologie féministe matérialiste de Paola Tabet [1h] ; Une précision quant au « matérialisme » du féminisme matérialiste [1h08’]. La deuxième partie (50 minutes) comporte : Une présentation de « Fertilité naturelle, reproduction forcée » (1985) de Paola Tabet, dont l’idée principale est celle que nos sociétés patriarcales s’organisent de manière à maximiser l’exposition des femmes au risque de grossesse à travers le mariage, la dépossession matérielle, la pression psychologique et idéologique, la violence, etc. [1’] ; Une actualisation de la pensée de Paola Tabet, notamment sur le natalisme différencié en fonction de la classe et de la race [23’] ; Une présentation de La grande arnaque (2005), qui déconstruit le concept moralisateur de prostitution, et démontre l’existence d’un continuum des échanges (inégaux) économico-sexuels entre hommes et femmes, du travail de sexe au mariage [26’] ; Une critique du concept de prostitution [28’] ; Une explication du continuum entre mariage et travail du sexe en matière d’échange (inégal) économico-sexuel entre hommes et femmes [36’] ; Une analyse des racines de l’échange (inégal) économico-sexuel entre hommes et femmes [41’] ; Une discussion des concepts de désir et de consentement à l’aune du féminisme matérialiste [52’] ; Une conclusion articulant les travaux de Paola Tabet sur la division sexuelle du travail, la reproduction forcée et les échanges économico-sexuels pour expliquer la construction des femmes comme groupe social dominé/exploité/approprié [55’] ; Une ouverture sur la révolution comme abolition conjointe des classes et des genres [56&#8242;]. Liens Les séances du séminaire Marx mentionnées Sur Paola Tabet (Lise Kayser et Leïla-Anne Ouitis) Sur L’origine de la famille de la propriété privée et de l’État de F. Engels (Ariel Guillet et Lise Kayser) Les notes de lecture sur Tabet et le féminisme matérialiste Paola Tabet – La construction sociale de l’inégalité des sexes. Des outils et des corps Paola Tabet – La grande arnaque. Sexualité des femmes et échange économico-sexuel Colette Guillaumin – Sexe, race et pratique du pouvoir Christine Delphy – L’ennemi principal. Économie politique du patriarcat Christine Delphy – L’ennemi principal. Penser le genre Gayle Rubin – L&#8217;économie politique du sexe Les émissions sur le féminisme matérialiste (Trans)féminisme matérialiste. Repenser la place des femmes trans au sein du féminisme comme mouvement et comme théorie Une histoire des luttes féministes des années 1968 – entretien avec Christine Delphy Bibliographie Paola Tabet, La construction sociale de l’inégalité des sexes: des outils et des corps, Bibliothèque du féminisme (Paris: L’Harmattan, 1998); Paola Tabet, La grande arnaque: sexualité des femmes et échange économico-sexuel (Paris: L’Harmattan, 2016). Paola Tabet, Marie-Élisabeth Handman, et Pascal Cordara, Les doigts coupés: une anthropologie féministe, Le genre du monde (Paris: la Dispute, 2018). Christine Delphy, L’ennemi principal. L’économie politique du patriarcat (Paris: Syllepse, 2013); Christine Delphy, L’ennemi principal. Penser le genre (Paris: Syllepse, 2013); Christine Delphy et Diana Leonard, L’exploitation domestique, trad. par Annick Boisset, 2019. Colette Guillaumin, Sexe, race et pratique du pouvoir: l’idée de nature, Racine de iXe (Donnemarie-Dontilly: Éditions iXe, 2016). Nicole-Claude Mathieu, L’anatomie politique: catégorisations et idéologies du sexe, Racine de iXe (Donnemarie-Dontilly: Éd. iXe, 2013). Nicole-Claude Mathieu, L’anatomie politique 2, Le genre du monde (Paris: la Dispute, 2014). Monique Wittig, La pensée straight, éd. par Sam Bourcier (Paris: Editions Amsterdam, 2018). Théorie communiste n°23 et 24 Maya Gonzalez et Jeanne Neton, Logique du genre (Marseille: Éditions Sans soleil, 2022). Crédits Un jingle d’Armand Paris à partir d’une musique libre de droits de Vivaldi – The Four Seasons « Summer » – Presto – RV 315 de GregorQuendel (Pixabay). Illustration : https://dygest.co/paola-tabet/les-doigts-coupes Un entretien de 2024 d’Armand Paris. Un montage et une présentation de Leila Outis et Armand Paris.]]></description>
		
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		<title>L’essor du patriarcat moderne. Femmes, corps et accumulation primitive</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Armand Paris]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 13 May 2017 13:27:41 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[Une histoire de l’émergence du patriarcat moderne, et donc de « l’accumulation primitive » d’éléments constitutifs du patriarcat capitaliste, autour de Caliban et la sorcière. Femmes, corps et accumulation primitive, à l’occasion de sa republication aux éditions Entremonde/Senonevero – avec son traducteur, Julien Guazzini, et un éditeur des éditions Entremonde, Pablo. Avec une présentation de l’édition française et de sa traduction, une présentation de Silvia Federici, et surtout une présentation des grandes thèses de l’ouvrage : écrasement des révoltes millénaristes des paysans aux 14ème-15ème siècles, puis contre-révolution des groupes dominants, notamment au travers d’une prise de contrôle de la reproduction, d’une réification idéologique du corps, d’une chasse aux sorcières meurtrière, des enclosures, de la première colonisation, et enfin d’une criminalisation de la contraception, de l’avortement, de l’infanticide et de la prostitution [1ère partie, 40 minutes]. Cette présentation est suivie d’une discussion critique des thèses de l’ouvrage, en termes de rigueur historique, de périodisation du capitalisme (avec une absence de conceptualisation de l’Ancien Régime comme société distincte du féodalisme et du capitalisme) et du « patriarcat salarié », de définition du capitalisme, d’espace d’émergence du capitalisme, de lien entre capitalisme et première colonisation, de lien entre « l’accumulation primitive » historique et des phénomènes contemporains, de lien entre enclosures et chasses aux sorcières, et enfin d’idéologie altercapitaliste des communs [2ème partie, 40 minutes]. Liens L’ouvrage https://entremonde.net/caliban-et-la-sorciere Recensions critiques de l’ouvrage https://www.contretemps.eu/a-propos-du-livre-de-silvia-federici-caliban-et-la-sorciere/ https://dndf.org/?p=13748 Notes de lecture au sujet du patriarcat moderne Christine Delphy. L&#8217;ennemi principal, économie politique du prolétariat. Roland Pfefferkorn. Genre et rapports sociaux de sexe. Notes de lecture au sujet de l’histoire du patriarcat Histoire de la virilité. L&#8217;invention de la virilité de l&#8217;Antiquité aux Lumières. Histoire de la virilité. Le triomphe de la virilité, le XIXème siècle. Histoier de la virilité. La virilité en crise, le 20ème et le 21ème siècle Articles cités www.persee.fr/doc/ahess_0395-2649_2001_num_56_6_280006 https://www.cairn.info/magazine-sciences-humaines-2007-8-p-3.htm http://www.audreyalwett.com/auteur-auteure-ou-autrice/ http://cdarmangeat.blogspot.fr/2016/09/note-de-lecture-fertilite-naturelle.html Patriarcat médiéval http://www.him-mag.com/sexualites_moyen_age_jacques_rossiaud/ http://www.him-mag.com/frequence_medievale_prostitution_moyen_age/ http://www.him-mag.com/frequence-medievale-histoire-des-femmes-au-moyen-age/]]></description>
		
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		<title>Georges Vigarello &#8211; Virilités sportives</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Armand Paris]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 21 Jan 2017 15:15:33 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Notes de lecture]]></category>
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					<description><![CDATA[George Vigarello, « Virilités sportives », dans Jean-Jacques Courtine (dir.), Histoire de la virilité. La virilité en crise ? Le XXème-XXIème siècles, Paris, Seuil, 2011. Le sport comme système institutionnel est structurellement capitaliste, mais également patriarcal-viriliste [Paye ton sport], et ce depuis son essor au cours de la deuxième moitié du 19ème siècle : « Impossible […] d’ignorer une référence le plus souvent implicite, mais régulièrement présente dans ces premières pratiques sportives [des années 1870] : celle faite à la force, […] à la domination » (p. 231). George Vigarello nous permet avec son article de retracer l’histoire du sport sous l’angle de sa dimension viriliste-patriarcale, même si on contestera son interprétation. « Le sport apparaît comme le symbole même de la virilité » (Pierre de Coubertin, cité p. 232). Jusqu’à aujourd’hui, le sport, c’est une « égalité quelquefois peu reconnue ou peu acceptée entre homme et femme, par exemple ; un privilège médiatique fréquemment et fortement accordé aux pratiques masculines […]. Le sport actuel […] [demeure] le conservatoire particulier [de la virilité moderne] » (pp. 232-233). Le sport ne veut en effet avoir affaire, au 19ème siècle et durant une partie du 20ème siècle, qu’à des hommes, des « vrais hommes ». Il est structurellement misogyne, homophobe, et survalorise des hommes qu’on peut affubler de surnoms comme « bouledogue », « sanglier », « bête de combat » (Garin, premier vainqueur du Tour de France, en 1904) ou encore « brute » (Faber, vainqueur du Tour de France), « bœuf », « terreur de la flotte », « l’homme de fer » (un sportif, pas Staline), « le boucher »… Le sport est une sorte de culte religieux de la virilité brutale : « La première caractéristique essentielle de l’olympisme moderne c’est d’être une religion » (Coubertin, cité p. 236). Et en effet, « les premiers sportifs ne pensent quasiment pas le féminin. La pratique féminine demeure d’ailleurs longtemps cantonnée, rigoureusement orientée : gymnastique dansée […]. Très rares sont les pratiquantes, et très nombreuses sont les interdictions. […] Pierre de Coubertin voit dans le « véritable héros olympique l’athlète mâle individuel ». Le créateur des Jeux s’en tient à une stricte « exclusion ». Le propos est tranché : donner la femme en spectacle est « ambigu », la soumettre à l’effort physique est « excessif », l’exposer à la brutalité est « dangereux », faire appel à « ses nerfs » dans une compétition est « monstrueux » » (p. 237). Les femmes sont donc exclues du sport comme sphère socialement valorisée. Le sport, c’est aussi une préparation à la guerre : « Les sports ont fait fleurir toutes les qualités qui servent à la guerre », déclare Coubertin en 1913, avant de devenir un zélé propagandiste de l’immense boucherie de 1914-1918. Le sport doit aussi éviter « le spectre d’une dégénérescence [de la race] » française. On lira là-dessus Jean-Marie Brohm, Pierre de Coubertin. Le seigneur des anneaux, Paris, Homnisphères, 2008, pour se faire une idée du fondateur de l’olympisme moderne. Si Vigarello reste relativement peu critique vis-à-vis du sport, il est obligé de reconnaître qu’ « il existe à l’évidence un versant noir de la mobilisation « virile » par le sport : celui des sociétés totalitaires. […] L’ « homme nouveau » des dictatures européennes des années 1920-1940 est donné en « athlète ». Les stades sont présentés comme des terrains de métamorphose ; les partis dominants comme les maîtres des lieux. […] Une utopie de l’homme supérieur […] installe le militaire comme horizon de la culture musculaire […]. Les dirigeants mussoliniens se plaignent d’une Eglise ayant « ramolli, dévirilisé, désarmé » les Italiens. D’où « la préparation athlétique et militaire de la jeunesse » » (pp. 241-242). Vigarello est également obligé de mentionner « l’afligeant hommage rendu par Pierre de Couvertin […] aux organisateurs des jeux de Berlin : « Souvenirs de Beauté […], Souvenirs de Courage […], Souvenir d’Espérance […]. Que le peuple allemand et son chef soient remerciés pour ce qu’ils viennent d’accomplir » (p. 243). La pratique sportive des femmes s’accroît lentement à partir des années 1920, mais l’athlète « féminin » doit être avant tout « gracieux » (p. 246) – et aujourd’hui encore il doit être « sexy ». Le sport permet parfois de remettre en cause certaines certitudes patriarcales, comme « lorsque l’Américaine Gertrud Ederlé bat le record masculin de la traversée de la Manche à la nage en 1926 » (p. 247). Mais cela demeure marginal, et à double-tranchant, puisqu’une grande partie des records mondiaux sont détenus par des hommes, justifiant idéologiquement l’inégalité de genre. D’ailleurs, « le sport, par ses pratiques mimant ou incarnant l’agression, par ses gestualités abruptes, peut aussi demeure un conservatoire, le territoire de virilités anciennes, l’incarnation de « résistances » au renouveau » (pp. 247-248), admet enfin George Vigarello. Le sport reste un conservatoire viril, violent. Pour Drop, un journal de rugby : « Le rugby est un sport viril, une femme n’y a pas sa place ». Si certaines sportives (Serena Williams, Florence Arthaud, Jeannie Longo…) donnent une image tout autre que celle des femmes stéréotypées de l’imaginaire patriarcal (petites, gracieuses, fragiles), et cassent ainsi utilement certains stéréotypes de genre, c’est au prix de l’acception d’un système qui, in fine, justifie l’inégalité de genre de manière générale par une inégalité des performances sportives. Certes, il devient difficile face aux performances des athlètes femmes de parler de « sexe faible », mais leurs moindres performances face aux hommes dans un grand nombre de disciplines olympiques justifie idéologiquement une (relativement) « supériorité » des hommes. Les femmes sportives se plaignent d’ailleurs d’être continuellement dévalorisées, d’être incitées à se faire « sexy », etc. (p. 254). Le sport demeure donc une institution aux valeurs virilistes, et justifiant l’inégalité de genre au travers de l’inégalité des performances sportives. Les athlètes femmes ont certes réussi à montrer qu’elles aussi pouvaient être très fortes, très rapides, très adroites, cassant nombre de stéréotypes de genre au passage, mais sans parvenir à y mettre complètement fin. C’est sans doute en montrant leur force sur d’autres terrains, sur celui des luttes anti-patriarcales surtout, et en mettant fin au patriarcat, que l’ensemble des femmes (et non seulement des rares sportives) parviendront davantage à mettre fin aux stéréotypes de genre concernant leur prétendue faiblesse. A. Paris]]></description>
		
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		<title>Roland Pfefferkorn – Genre et rapports sociaux de sexe</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Armand Paris]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 20 Dec 2016 18:22:31 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[Roland Pfefferkorn, Genre et rapports sociaux de sexe, Lausanne/Paris, Page 2/Syllepse, 2016 L’ouvrage consiste en une brillante synthèse des travaux féministes autour des « rapports sociaux de sexe » et du « genre » (avec une intéressante critique de l’approche post-moderne), même s’il y a des développements critiquables et des points aveugles (absence d’une critique du travail). On en trouvera un résumé dans cette vidéo. Roland Pfefferkorn est un sociologue de l’Université de Strasbourg. Le féminisme, commence Pfefforkorn, est un mouvement de luttes contre l’oppression des femmes, et il a développé un éventail de concepts de luttes, concepts dont l’optique était de rompre avec l’idéologie patriarcale d’une naturelle « complémentarité des sexes » (hiérarchique, en réalité) : patriarcat, mode de production domestique, travail domestique, sexe social, sexage, classe de sexe. Il enchaîne en parlant de la dégradation des conditions d’existence des femmes depuis 30 ans du fait de la crise structurelle du capitalisme et du « tournant néolibéral » : précarisation, disparition des crèches, nécessité d’assumer une partie croissante des soins aux personnes dépendantes, entres autres [Hommes-Femmes, quelle égalité ?] Le travail domestique et sa mondialisation Le « travail domestique » (qu’on appellera « servage domestique » ou « labeur domestique » lorsqu’il n’est pas rémunéré) est au cœur de l’analyse féministe, puisqu’il est réservé aux femmes. La mondialisation capitaliste complexifie l’analyse du labeur domestique, puisque « les femmes qui sont affectées à ces travaux en outre de plus en plus souvent des migrantes venues des pays pauvres. Il faut donc prendre en compte […] cette « chaîne internationale du care […]. Dans les pays « riches » ces femmes prennent en charge une part croissante des travaux liés aux soins, à la sollicitude et, plus largement, à l’entretien des personnes et des locaux. Elles travaillent au domicile des ménages des catégories supérieures, voire moyennes, comme femmes de ménage, baby-sitters, aides auprès de personnes âgées ou travailleuses salariées, presque toujours mal rémunérées, mais aussi dans les hôpitaux, maisons de retraite ou hôtels, sans compter celles qui vendent des services sexuels » (p. 7). Ces femmes migrantes sont une illustration archétypique de l’intrication des rapports sociaux de domination dont il est question plus loin dans l’ouvrage : Elles sont des femmes assignées à un travail domestique (en plus de leur servage domestique) déqualifié, précaire, sous-payé (comme l’ensemble des travaux réservés aux femmes au sein du patriarcat capitaliste) ; Elles sont des prolétaires forcées de vendre leur force de travail (et à un faible prix, donc elles constituent une fraction sur-dominée du prolétariat) ; Et elles sont non-nationales, venant de périphéries dominées, racisées, impliquant (dans une approche « matérialiste ») qu’elles seront particulièrement exploitées. [On pourrait rajouter qu’elles sont également soumises de manière particulièrement forte aux structures impersonnelles du capitalisme et de l’État] On recommandera là-dessus Jules Falquet et alii (dir.), Le sexe de la mondialisation. Genre, classe, race et nouvelle division du travail, Paris, Presses de Sciences Po, 2010 (et Jules Falquet, De gré ou de force. Les femmes dans la mondialisation, Paris, La Dispute, 2008). On lira également, sur recommandation de Pfefferkorn, au sujet des violences contre les femmes, Marylène Lieber, Genre, violences et espaces publics – la vulnérabilité des femmes en question, Paris, Les Presses de Sciences Po, 2008 et Natacha Chetcuti et Maryse Jaspard (dir.), Violence envers les femmes – Trois pas en avant deux pas en arrière, Paris, L’Harmattan, 2007. Enfin, au sujet de l’androcentrisme des auteurs classiques des sciences sociales, on lira Danielle Chabaud-Rychter et alii (coord.), Sous les sciences sociales, le genre. Relectures critiques, de Max Weber à Bruno Latour, Paris, La Découverte, 2010. Engels Les hommes ont peu réfléchi de manière critique au patriarcat, explique Pfefferkorn, et cela n’a rien d’étonnant puisqu’ils constituent des dominants au sein de ce système. Engels a été un des premiers hommes à s’y coller, même si son analyse est extrêmement limitée du fait de l’atmosphère idéologique de son temps. L’origine de la famille, de la propriété et de l’État (1885) parle d’une oppression des femmes ayant des racines socio-historiques, et non « naturelles », mais il reste différencialiste (essentialiste), il ne parle pas de sexualité, il est naïf en croyant que l’accès au travail salarié des femmes changera tout, sa croyance au « matriarcat primitif », etc. Cependant, par rapport à un misogyne comme Proudhon, ou un Durkheim théoricien de « la complémentarité fonctionnelle des hommes et des femmes » (p. 13) naturalisant complètement l’exploitation domestique des femmes [Hélène Charron, La sociologie entre nature et culture. 1896-1914. Genre et révolution sociale dans l’Année sociologique, Presses universitaires de Laval, Québec, 2011], c’est une petite brèche dans l’idéologie patriarcale. Brèche insuffisante, comme en témoignera l’opposition des marxistes orthodoxes au féminisme tout au long du 20ème siècle. L’approche « matérialiste » La conceptualisation des « femmes » comme catégorie sociale et comme produit du système patriarcal n’intervient cependant qu’au cours du 20ème siècle. La « masculinité » est largement pensée comme sociale et comme culturelle, au contraire d’une « féminité » renvoyée au naturel, notamment en ethnologie comme l’a montré Nicole-Claude Mathieu dans L’anatomie politique. Le concept de « rapports sociaux de sexe » permet selon Roland Pfefferkorn de rompre avec tout naturalisme et de penser un antagonisme de classe entre « la classe des hommes » et « la classe des femmes » (p. 17), laquelle n’aura de résolution qu’avec une abolition du système patriarcal. Ce concept résume l’approche du « féminisme matérialiste », qu’il présente comme une tentative d’éclairage du processus de hiérarchisation socio-historique entre « hommes » et « femmes ». Pour ce courant, « les sexes ne sont pas de simples catégories biosociales, mais des classes (au sens marxien) constituées par et dans le rapport de pouvoir des hommes sur les femmes, qui est l’axe même de la définition du genre (et de sa précédence sur le sexe) : le genre construit le sexe » (Nicole Claude-Mathieu, citée p. 18). Le concept de genre constitue un apport pour Pfefferkorn, parce qu’il permet « d’insister sur le fait que les hommes et les femmes résultent d’une fabrication sociale et qu’ils ne sont en aucun cas réductibles aux sexes biologiques » (p. 20). Pour autant, il existe différentes utilisations de ce concept, et il faut critiquer celles gommant l’oppression structurelle des femmes, ou occultant l’inextricable lien entre celle-ci et d’autres systèmes de domination sociale. Chapitre 1. Rompre avec le naturalisme Pfefferkorn commence par une distinction conceptuelle issu du féminisme matérialiste : « L’exploitation implique qu’un groupe – ici celui des hommes – s’approprie les services ou les biens produits le [labeur] d’un autre groupe – celui des femmes – sans contrepartie équivalente. La domination renvoie au pouvoir exercé par le groupe des hommes sur celui des femmes […]. La discrimination se traduit par des droits collectifs moindres ou par un traitement individuel différencié en raison d’un préjugé visant les femmes. Enfin, la stigmatisation se traduit par une dévalorisation liée à un attribut de sexe jugé de manière négatif. De plus, ces différents processus oppressifs sont simultanés et non parallèles. Par exemple, un rapport d’exploitation peut être structuré par un rapport de domination » (p. 23). Mais ici, il y a une forte intimité entre classe d’oppresseurs et classe d’oppressées (p. 24). Au cours des années 1970, « les chercheuses féministes sont parties de l’idée que les hommes et les femmes constituent des catégories qui procèdent d’une mise en force sociale d’un donné naturel » (pp. 24-25). C’était un progrès par rapport aux conceptions en termes de « condition féminine » et de « rôles de sexe », mais depuis le féminisme matérialiste est allé au-delà en affirmant qu’il y a une primauté du genre sur le sexe et que même celui-ci est défini socialement. Les féministes matérialistes ont également montré que l’invention de la famille moderne, avec une femme au foyer et un homme au travail, « a pris forme dans les classes moyennes anglaises lors de la « révolution industrielle » » (p. 25), même si au sein de l’ensemble des sociétés patriarcales (y compris non-capitalistes) les femmes sont contraintes de s’occuper des tâches ménagères – mais en plus elles doivent des activités extra-domestiques. La transposition du concept de classe aux groupes sexués date des années 1970, permettant de dépasser ce que Nicole Claude-Mathieu appelle le « caractère fétiche du sexe », lequel concept naturalisant masque une domination sociale. Les féministes matérialistes-marxiennes parlent également de « mode de production domestique », antérieur au capitalisme mais s’articulant avec lui depuis son émergence historique (on pourrait même dire qu’ils s’interpénètrent, notamment dans l’agriculture ou dans l’artisanat comme l’a montré Delphy). Le patriarcat et le mode de production domestique « Le concept de capitalisme en tant que système ou en tant que mode de production sera à l’origine de l’élaboration du concept de patriarcat. Celui-ci sera envisagé la plupart du temps comme un […] « système autonome d’exploitation de domination » [Delphy] présidant à la fourniture de services domestiques gratuits. Suivant le sens donné par Marcel Mauss au « fait social total », le patriarcat est défini comme un « système total […] ». Delphy défendra l’existence, à côté du mode de production capitaliste, d’un mode de production domestique qui serait la base du patriarcat. Ce mode de production spécifique permet aux hommes de s’approprier le travail domestique des femmes effectué gratuitement et d’exploiter les femmes en tant que classe. » (pp. 27-28) L’idée d’un mode de production autonome provient du fait qu’une grande partie du « féminisme marxiste » considérait qu’il ne s’agissait (l’oppression des femmes) que d’un résultat du capitalisme. On ne peut en effet plus considérer l’oppression des femmes comme un simple sous-produit du capitalisme depuis que l’anthropologie féministe [Nicole-Claude Mathieu] a montré qu’elle existait au sein de l’ensemble des sociétés connues. Aujourd’hui, maintenant qu’il est admis qu’il existe un système patriarcat antérieur au capitalisme et donc ne pouvant s’y résumer, et qu’il faut donc également lutter contre le patriarcat et pas uniquement contre le capitalisme, on peut tenter avec Roswitha Scholz notamment de montrer l’interpénétration du système patriarcal et du système capitaliste, et de parler de « patriarcat producteur de marchandises » (distinct des autres formes du système patriarcal) qu’il faudrait abattre. Christine Delphy, au final, parle du patriarcat comme « système de subordination des femmes aux hommes dans les sociétés industrielles contemporaines », ayant comme base l’exploitation des femmes au sein du mode de production domestique. Là-dessus, on lire Christine Delphy, L’ennemi principal, tome 1, Paris, Syllepse, 2013 (et son ouvrage intitulé Pour une théorie générale de l’exploitation), et Sylvia Walby, Patriarchy at work, Cambridge, Polity Press, 1986. Le patriarcat n’est donc pas réductible au capitalisme, il s’agit de deux systèmes s’interpénétrant de manière inextricable. En effet, contrairement au mode de production capitaliste, le mode de production domestique implique une exploitation sans rémunération (et non une exploitation marchande) de femmes parentes de l’exploiteur (et non d’individus anonymes, interchangeables, « étrangers »), comme l’explique Christine Delphy. Au sein du mode de production domestique, « le caractère gratuit des services domestiques n’est pas lié au caractère spécifique des tâches réalisées par les femmes » (p. 30), puisque toute tâche domestique peut être marchande (ménage, repassage, production alimentaire, cuisine, etc.), mais au fait qu’il y a une non-rémunération de ces tâches au sein du mariage. L’exploitation domestique n’est, au sein du mariage, pas rémunérée, et constitue donc l’archétype du « sexage » dont parle Colette Guillaumin (en référence au « servage »). Comme l’affirme Delphy : « L’appropriation et l’exploitation de leur travail [ou labeur, lorsqu’il n’y a pas de vente du produit de l’exploitation domestique] dans le mariage constituent l’oppression commune à toutes les femmes. En tant qu’êtres destinées à devenir « la femme de » quelqu’un, les femmes destinées au même rapport de production ne constituent qu’une seule classe. Quand elles participent à la production capitaliste elles entrent en plus dans d’autres rapports de production » (cité, p. 30). Là-dessus, on lira également Christine Delphy, Diana Leonard, Familiar exploitation : a new analysis or marriage in contemporary western societies, Cambridge, Polity Press, 1992. Le travail/labeur domestique Colette Guillaumin parle elle d’une appropriation masculine complète des femmes, et non seulement de leur force de travail, d’où son concept de « sexage » (proche également de celui d’esclavage). Cette appropriation est non seulement concrète mais également idéelle (p. 33), comme elle l’explique dans Sexe, race et pratique du pouvoir. L’idée de nature, Editions iXe, 2016 [1992]. Les femmes sont continuellement asservies aux tâches domestiques. L’extension du travail des femmes bouleverse le mode de production domestique Le labeur/travail domestique ne peut être pour autant étudié comme s’il était du fait des seules « femmes au foyer » (p. 34), alors qu’il est également du fait des femmes ayant un emploi, quoique celles-ci sont incitées financièrement à se retirer du marché du travail au travers des « aides familiales » (lesquelles ont donc pour but, selon Delphy, de maintenir l’ordre patriarcal de l’exploitation domestique). Mais malgré cela, et malgré un recul du travail des femmes des...]]></description>
		
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		<title>Histoire de la virilité – La virilité en crise ? Le XXème-XXIème siècle (1ère partie)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Armand Paris]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 08 Dec 2016 11:09:47 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Notes de lecture]]></category>
		<category><![CDATA[patriarcat]]></category>
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					<description><![CDATA[Jean-Jacques Courtine (dir.), Histoire de la virilité. La virilité en crise ? Le XXème-XXIème siècle, Paris, Seuil, 2011 Ce dernier tome d’Histoire de la virilité est davantage un objet « chaud » puisqu’il traite du patriarcat et du virilisme contemporains. Il renferme également davantage d’articles intéressants, d’où une certaine difficulté à en faire une note de lecture complète. Quoiqu’il en soit, ce dernier tome d’Histoire de la virilité nous permettra de réfléchir aux évolutions du patriarcat et du virilisme depuis un siècle. Introduction. Impossible virilité Le bilan des deux précédents tomes d’Histoire de la virilité se formule ainsi : « [Les] lecteurs […] auront vu se former et se transformer […] un socle anthropologique de représentations extrêmement anciennes mais toujours présentes, assignant une « valeur différentielle » aux sexes et assurant une hégémonie du pouvoir viril fondée sur un idéal de force physique, de fermeté morale et de puissance sexuelle. Ils auront constaté que cette domination masculine ne relève d’aucun état de nature, mais qu’elle est profondément inscrite dans celui de la culture, du langage et des images […]. [Pour autant] l’ensemble des rôles sociaux et des systèmes de représentation qui définissent le masculin comme le féminin ne peuvent se reproduire, identiques à eux-mêmes, que si l’hégémonie virile semble appartenir à l’ordre nature et inéluctable des choses » (pp. 7-8). Peut-être faudrait-il nuancer cette vision quasi-statique du patriarcat et du virilisme, et insister sur une forte évolution à partir du 16ème siècle [Federici], et surtout du 19ème siècle [Le triomphe de la virilité]. D’autre part, le virilisme n’est pas qu’une idéalisation du dominant masculin, mais également un instrument de soumission des mâles aux patriarches supérieurs, même s’il reste principalement l’idéologie de la domination masculine. Enfin, il faudrait plutôt parler d’une domination masculine comme structure concrète de domination sociale (donc construite, donc dépassable), plutôt qu’inscrit dans une « culture » tendanciellement essentialiste. Quoiqu’il en soit, Jean-Jacques Courtine dans son Introduction formule (quoique de manière problématique) un paradoxe central du 20ème siècle, celui du spectre idéologique de la dévirilisation et de la « féminisation » (Soral), notamment du fait des luttes féministes, et d’un maintien concret du système patriarcal-viriliste, avec même des backlash terrifiants : « Dès la fin du 19ème siècle, des années 1870 à la Grande Guerre, le spectre de la dévirilisation vient hanter les sociétés européennes : dégénérescence des énergies mâles, déperdition de la force, multiplication des tares. La virilité est en danger, et la nation avec elle. Sa militarisation va connaître avec la guerre son apogée tragique : la dévastation des corps sape le mythe militaro-viril et inscrit la vulnérabilité masculine au cœur de la culture sensible. La Seconde Guerre mondiale, puis les dernières guerres coloniales finiront d’achever l’enthousiasme viril pour la prouesse guerrière […]. D’autant plus que la virilité se voit confrontée au cours du siècle à la contestation de son plus ancien privilège par l’éveil et les progrès de l’égalité entre les sexes, et les avancées du féminisme. L’obtention par les femmes de droits nouveaux à partir des années 1960 et 1970, le réajustement des rôles sexués dans la sphère publique et privée, la réprobation puis la condamnation [officielle] des formes de violence envers l’autre sexe, tout cela ne va pas sans attiser des angoisses masculines : on s’inquiète de la déperdition de l’autorité paternelle, on redoute les effets d’une « société sans pères » livrée à la toute-puissance de mères dominatrices. […] On ne saurait oublier que le 20ème siècle a été tout autant le théâtre de grands flamboiements virils » (pp. 9-10), ni même surtout (ajoutera-t-on) qu’on reste dans une société patriarcale, avec son cortège de violences (de rues, gynécologiques, conjugales, familiales, au travail…), d’inégalités, d’exploitation domestique, etc. Jean-Jacques Courtine pose en fin d’introduction cette question : « Les hommes d’aujourd’hui entendent-ils porter longtemps encore cette charge millénaire, ou bien vont-ils souhaiter sentir s’en alléger le poids, quitte à renoncer à ses avantages ? » (p. 11). Nous formulerions autrement cette question : allons-nous enfin auto-abolir notre propre domination masculine, allons-nous faire enfin cette nuit de l’abolition des privilèges masculins, allons-nous enfin nous libérer de cette « cage d’acier » (Weber) idéologique du virilisme nous assignant à être des dominants prédateurs – nous empêchant de développer des vraies relations humaines, entres autres – et en même temps des dominés obéissants servilement-virilement aux patriarches supérieurs (mafieux, gourous comme Soral, etc.) ? Première partie. Origines, mutations, déconstructions de la domination masculine Anthropologies de la virilité : la peur de l’impuissance L’article de Claudine Haroche est extrêmement problématique, outre qu’il est assez pauvre en apports historiques (en-dehors d’une référence intéressante aux travaux de Klaus Theweleit au sujet du fascisme comme virilisme), puisqu’il s’inscrit dans une approche différencialiste, et particulièrement celle de Françoise Héritier, anthropologue – mais au moins nous permet-il de faire un point critique sur cette approche différencialiste. Cette dernière fait l’hypothèse d’une domination masculine remontant « à l’origine de notre espèce » (Héritier), instaurant « des formes variables mais continues d’inégalités profondes entre les hommes et les femmes », ceux-ci exerçant une « domination persistante, visible ou insidieuse, sur les femmes », et ce dès l’échange « primitif » des femmes. Le problème d’une telle approche, c’est qu’elle postule une différence radicale entre « femmes » et « hommes » antérieure au patriarcat, celui-ci ne venant que s’y surajouter, alors même qu’avec Christine Delphy, on dirait au contraire que c’est le patriarcat qui a divisé l’humanité en deux, un groupe dominant (« hommes ») et un groupe dominé (« femmes »), avec comme simple marqueur une identification sociale au sexe « mâle » ou au sexe « femelle », et ce de différentes manières (différencialisme social et continuiste jusqu’au 18ème siècle, différencialisme biologisant et discontinuiste à partir du 19ème siècle [Laqueur]). Symétriquement, il n’y a pas des « races » préexistantes au système raciste-colonial, mais au contraire celui-ci divisant l’humanité en deux, un groupe dominant et un groupe dominé (« indigènes »), avec comme simple marqueur un taux de mélanine plus ou moins différent et des traits physiques : l’exemple même en étant la création coloniale-raciste des « Tutsis » et des « Hutus » au Rwanda. La suite de l’article est consacré à des considérations générales, pas inintéressantes, mais non-novatrices (« la virilité est l’élément central de la mémoire de la domination masculine », « même si elle a reculé dans bien des lieux, cette domination a perduré, et même progressé, précisément dans ses formes insidieuses » [pp. 16-17]), avant une évocation intéressante de « la virilité fusionnelle des fraternités », ces organisations non-mixtes de camaraderie viriliste nées aux lendemains de la Première Guerre mondiale : « Des fraternités [qui] révèlent des éléments essentiels du dispositif viril : celui […] de l’exclusion des femmes, celui encore du processus de formation d’une solidarité compacte entre hommes-frères, indissociable […] de traces du modèle patriarcal autoritaire » (p. 21). L’ « atomisation » du social – qu’il ne faut pas voir que de manière négatif, puisqu’elle permet également aux individus d’échapper au carcan communautaire – consécutif aux déracinements des individus de leurs communautés agricoles (exode rural) ou urbaines (fin des corporations et des associations d’artisans), l’isolement des individus, a pour contrepartie « dialectique » une recherche masculine de fusion totalitaire (p. 22) dans des masses ou des fraternités virilistes, souvent guidées par un patriarche supérieur (un « Chef », un « Führer », un « Duce ») : c’est ce que disait Adorno lorsqu’il disait qu’il y a des individus qui « n’ont à leur disposition qu’un moi faible et ont par conséquent besoin, comme substitut, de l’identification à un grand collectif ». Les solidarités virilistes d’aujourd’hui sont également « une manière de faire bloc, de fournir dans des formes d’agrégation collective une réponse » (p. 23) à un isolement individuel aussi bien qu’à une menace d’abolition du statut de mâle dominant. Les travaux de Klaus Theweilt au sujet des corps-francs et leur virilisme permettrait, de plus, de faire une description psychique du « mâle soldat » (et aujourd’hui, du mâle viriliste-masculiniste) en termes de « moi carapace », de « moi fermé, dur, rigide » craignant une dissolution de lui-même s’il ne développe pas une personnalité autoritaire (p. 24). S’ensuit toute une analyse psychanalytique du virilisme fasciste, partiellement intéressante, partiellement spéculative, au sujet de la formation psychique des mâles (surtout petit-bourgeois) au sein du capitalisme industriel : « La personnalité […] du fils dans la famille bourgeoise patriarcale […] va sourdement induire, au travers d’une mythification de la mère, un certain type d’économie psychique, corporelle, sexuelle visant à capter les énergies dans le travail, le profit, la rentabilité […], déterminant, au-delà du seul rapport à la mère, le rapport […] aux femmes de manière plus générale. Le fasciste, en fait, n’aurait jamais achevé sa séparation d’avec sa mère et ne se serait jamais constitué un Moi au sens freudien du terme […] En devenant père et mari, tout en continuant à vénérer sa mère, le fils reproduira alors le modèle en dominant, en asservissant lui aussi sa femme » ( » (p. 25). Le problème est qu’une telle analyse demeure spéculative, elle psychologise intégralement des types politiques, même s’il y a sans doute une part de réalité – comme au sein des analyses de Reich dans La psychologie de masse du fascisme.  S’ensuit une référence intéressante aux travaux d’Horkheimer au sujet de la famille bourgeoise autoritaire et de la personnalité autoritaire : « C’est la famille qui veille à la formation de la personnalité et du caractère autoritaire […] ; c’est au sein de la famille que la soumission à l’autorité, la « dépendance » ont été apprises ; c’est la famille enfin qui participe à la reproduction des mentalités qu’exigent les traditions de la société bourgeoise. Le père exerce « naturellement la puissance sur la famille, une puissance […] fondée sur « sa position économique et [sur] sa force physique entérinée juridiquement » » (p. 26). L’auteure de l’article poursuit de manière problématique lorsqu’elle prétend qu’ « on peut réduire la domination masculine, on ne saurait pourtant l’éradiquer » (p. 29) : dans un raisonnement typiquement différencialiste, l’auteure fait de la domination masculine une structure anthropologique « naturelle » qu’on ne pourrait soi-disant abolir, alors même qu’il s’agit d’une structure socio-historique, donc dépassable. D’autre part, l’auteur, avec Héritier, met en garde contre une « « guerre » menée contre le genre masculin qui ne peut alors que se défendre » (cité, p. 29). Mais s’agit-il vraiment d’une guerre ? Il s’agit plutôt d’une lutte (pouvant impliquer des hommes, d’ailleurs) visant à une abolition de la domination masculine, des privilèges des « mâles », du patriarcat, et non une « guerre des sexes » sous forme de lutte mortelle : c’est là un fantasme masculiniste, précisément. C’est comme de confondre l’abolition des classes avec l’élimination physique des bourgeois (même si cette confusion a été historiquement effective, avec Staline), alors même qu’il ne s’agit d’éliminer un système de domination sociale. Enfin, l’auteure persiste dans son différencialisme : « Il n’est pas non plus sûr que l’enfermement dans des nouvelles normes d’indifférenciation des sexes constitue une voie souhaitable : écartant la différence, on pourrait ainsi vouloir combattre l’inégalité du modèle archaïque dominant, tandis qu’on favoriserait l’homogène, la conformité, le conformisme » (p. 30). On nage ici dans un autre fantasme, celui qu’une abolition du système patriarcat et de l’obligation des individus de se conformer de manière binaire à un genre « masculin » ou « féminin » conduirait à une « indifférenciation des sexes » : en réalité, cette double abolition conduirait à une possibilité ouverture pour chaque individu, qu’il soit biologiquement « mâle », « femelle » ou intersexe, de s’auto-déterminer comme il veut, sans tenir compte d’aucun modèle de « genre », (binaire « traditionnel » comme post-moderne), ni même que cet état de fait biologique (qu’il ne s’agit pas de nier) ne dicte de quelque manière que ce soit son existence propre. La virilité face à la médecine  La médecine participe d’une définition de la virilité : elle dit ce qui est « biologiquement » viril et ce qui ne l’est pas, et d’autre part elle s’occupe de l’impuissance sexuelle (p. 31). La médecine va même participer de l’idéologie viriliste faisant des hommes des êtres « puissants » et des femmes des êtres « faibles » (jusqu’à elle-même abuser des femmes) du fait d’une mise en valeur de la « puissance génitale » du mâle et de sa testostérone (p. 33). Les hormones, au cœur du paradigme médical de l’entre-deux-guerres (1918-1939), brouillent cependant cette frontière, « par la présence d’hormones féminines dans le corps masculin et d’hormones masculines dans le corps féminin. De la testostérone [est] ainsi produite chez les femmes, et la diminution de la production d’œstrogènes à la ménopause laisserait le champ libre à l’hormone « mâle », expliquant la virilisation observée depuis longtemps à l’âge critique. Si les deux sexes produisent les deux genres d’hormones, la question du degré devient plus aiguë encore. Or on sait depuis la fin du 19ème siècle qu’il n’existe pas, d’un point de vue statistique, de rupture significative entre les taux masculins...]]></description>
		
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		<title>Histoire de la virilité &#8211; Le triomphe de la virilité. Le XIXème siècle</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Armand Paris]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 06 Nov 2016 11:10:10 +0000</pubDate>
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		<category><![CDATA[patriarcat]]></category>
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					<description><![CDATA[Alain Corbin (dir.), Histoire de la virilité. Le triomphe de la virilité. Le XIXème siècle, Paris, Seuil 2011 Introduction générale Après l’Histoire des femmes en Occident en 5 volumes, une Histoire de la virilité en trois tomes : L’invention de la virilité. De l’Antiquité aux Lumières (sous direction de Georges Vigarello), Le triomphe de la virilité. Le XIXème siècle (sous direction d’Alain Corbin) et La virilité en crise ? Le XXème-XXIème siècles (sous direction de Jean-Jacques Courtine). Une sorte d’histoire (critique, même s’il est possible d’aller beaucoup plus loin) de la domination patriarcale, mais avec comme sujets les dominants eux-mêmes, leurs idéologies et leurs pratiques. Même si on pourra regretter une histoire parfois trop idéelle de la virilité, c’est-à-dire sans analyse des structures réelles du patriarcat « viriliste » (au sens d’idéologie de la virilité, de la domination patriarcale-masculine) [Delphy], surtout au sujet des époques anciennes (d’où l’intérêt particulier des deux derniers tomes), il s’agit d’une bonne introduction aux différentes configurations historiques de la virilité et, par-là, de la domination patriarcale, laquelle prend un caractère spécifique au sein de chaque société historique (grecque, romaine, « germanique », médiévale, d’Ancien Régime, capitaliste [Scholz]) mais non sans quelques continuités (monopole masculin des armes, exploitation domestique, etc.) [Delphy, Testart]. Et cette histoire est écrite « en lettres de sang et de feu indélébiles » (même si l’ouvrage n’en donne qu’un aperçu [Federici]), pour paraphraser Marx au sujet de celle du capitalisme. Le triomphe de la virilité. Le XIXème siècle « La période concernée par ce deuxième volume correspond à l’emprise maximale de la vertu de la virilité. Le système de représentations, de valeurs et de normes qui la constitue s’impose alors avec une telle force qu’il ne saurait être véritablement contesté. [&#8230;] Les physiologistes contribuent [&#8230;] à l’affermissement de cet ensemble de valeurs. Ils signifient à l’homme que tout le destine à l’action énergique, à l’expansion, à l’engagement dans la mêlée sociale, à la domination. Ils prônent la vigueur des ébats conjugaux. Le couard, le pusillanime, le lâche, l’impuissant, le sodomite sont plus que jamais objets de mépris. La multiplication des lieux de l’entre-soi masculin [&#8230;] constitue autant de théâtres de l’inculcation et de l’épanouissement des traits qui dessinent la figure de l’homme viril. [&#8230;] À la fin du XVIIIème siècle, les savants naturalistes imposent explicitement à l’homme de se sentir membre de l’espèce qui domine la Création. « Sois un homme, mon fils ! » » (pp. 7-9). Le deuxième tome d’Histoire de la virilité peut se lire comme une histoire de l’expansion et de l’affermissement du patriarcat capitaliste « classique », avec un changement non seulement idéologique mais surtout social d’avec le patriarcat d’Ancien Régime : naissance de la famille moderne avec sa femme au foyer au sein des classes petite-bourgeoises [Delphy], exploitation patriarcale-capitalistes des femmes dans l’industrie, etc. Certains articles sont plus « anecdotiques » ou plus « idéalistes » (c’est-à-dire font une simple histoire des idées), mais certains sont extrêmement intéressants. La virilité reconsidérée au prisme du naturalisme D’emblée, Alain Corbin explique : « La notion de virilité se trouve solidement ancrée dans l’univers mental des Occidentaux bien avant le milieu du XVIIIème siècle. [&#8230;] Il n’en reste pas moins qu’un approfondissement s’opère alors que Buffon termine son Histoire naturelle de l’homme (1749). Ce texte manifeste et symbolise une emprise du naturalisme, qui conduit à reconsidérer le concept de virilité. Alors s’accentue et se justifie le dimorphisme sexuel qui se trouve désormais inscrit dans l’ « ordre de la Nature » [&#8230;]. La différence anatomique et physiologique entre l’homme et la femme, répète-t-on, gouverne non seulement la « vie sexuelle » mais toutes les composantes de l’être » (p. 15). Ainsi justifie-t-on aux moyens de la « nature », c’est-à-dire de différences anatomico-biologiques hypostasiées, un ordre patriarcal qui ne se contente plus de postuler que la femme est un « mâle imparfait » (Aristote), inférieur, soumis, mais qu’en plus elle est une sorte d’espèce distincte devant être ségréguée au maximum : ségrégation scolaire, ségrégation professionnelle, et même pour de nombreuses femmes de la petite-bourgeoisie et de l’encadrement (au sens d&#8217;Alain Bihr) cantonnement à un espace domestique extrêmement restreint, celui de la « famille » et du « mariage », c’est-à-dire réclusion et surlabeur ménager [Delphy]. Et l’idéologie naturaliste vient justifier cette ségrégation dans l’inégalité avec une théorie du dimorphisme sexuel, puisqu’en effet « en cette fin du XVIIIème siècle achève de s’effacer la croyance en la similitude des organes génitaux de l’homme et de la femme » (p. 17), similitude pourtant réhabilitée aujourd’hui [CNRS]. Et les organes et actes génitaux du mâle sont survalorisés (p. 20), de même que la brutalité de la pénétration sexuelle, qu’on voit notamment chez Sade (p. 22) [Jappe, Kurz]. Mais hors de question pour les femmes de se révolter contre cette brutalité, puisque « selon le Code civil [&#8230;] l’épouse [&#8230;] est tenue d’obéir à son mari » en toutes circonstances (p. 26). D’ailleurs, « l’inégalité du traitement juridique de l’adultère se traduit de la manière suivante : selon le code pénal, le mari n’est reconnu coupable que s’il entretient une concubine dans la maison commune. Dans ce cas seulement, la femme peut demander le divorce [&#8230;]. Le mari (art. 234) est excusable en cas de meurtre de l’épouse et de son complice, lorsque ceux-ci sont pris en flagrant délit, à l’intérieur du domicile conjugal » (p. 27). En cas d’absence d’épouse, les prostituées servent d’ « égoût séminal » (Docteur Fiaux) (p. 29). Mais on valorise plutôt « l’image d’un couple harmonieux, fusionnelle, qui s’accorde à l’ascension du schème du ménage amoureux et d’une idéologie de la famille recentrée sur la densification des sentiments. Cette construction a [pourtant] incontestablement justifié la domination de l’homme » (p. 29). Le code de la virilité : instances et procédures de l’inculcation Dans un premier article « L’enfance ou le « voyage vers la virilité » », Ivan Jablonka parle de l’enfance mâle comme d’un enseignement des codes de la virilité : dès un âge précoce, « on doit conformer le garçonnet aux principaux stéréotypes masculins – la bravoure, l’honneur, la loyauté, la volonté de domination, le complexe de supériorité vis-à-vis des femmes. L’âge viril se prépare dès l’enfance » (p. 34). Pourtant, « les enfants semble être, dans leurs premières années, en deçà du genre. Jusqu’à l’âge de 2 ans, garçons et filles portent robes longues, brassières et bonnets ; Les manuels de catéchisme s’adressent aux « petits enfants » indistinctement et les fables peuvent être récitées par tous ; un nombre incalculable de contes, de récits, d’encyclopédies et de manuels sont destinés aux enfants « des deux sexes ». Mais cette généralité est trompeuse : en fait, l’apprentissage de la différence sexuelle et l’imprégnation de commandements virils commencent très tôt » (p. 34). Dès l’enfance, « l’apprentissage des rôles se fait [&#8230;] à l’aide de jouets – sabres, tambours et billes pour les uns, poupées, paniers et chiffons pour les autres – qui permettent de mimer les occupations des adultes » (p. 35). Les enfants mâles jouent aux petits soldats et à la guerre, contrairement aux petites filles (pp. 36-37). Leurs tenues sont également différenciées, sans que cela soit justifié par la « nature » (p. 38). Le dressage à la virilité a pour but d’inculquer au petit mâle que « son devoir consiste avant tout à aimer Dieu, ses parents, ses frères et sœurs, sa patrie et son travail » (p. 39). Bref, travail, famille, patrie ! Les manuels « tours de France » de la fin du 19ème siècle et du début du 20ème siècle ne parlent que de « trois femmes – Jeanne d’Arc, Jeanne Hachette et Thérèse de Lisieux » (p. 41) contre des centaines d’hommes – et sans parler du racisme de la littérature enfantine (p. 59). Mais l’éducation des futurs dominants n’est pas pour autant un long fleuve tranquille : « Comme la famille, l’école et le collège sont un univers de violence physique. On y corrige les garçons avec la main, la férule, les verges et, parfois, le martinet et le fouet » (p. 43). Maxime du Camp écrivait ainsi : « Je comprends la haine des écoliers pour ces prisons dans lesquelles on enferme leur enfance sous prétexte d’instruction » (cité p. 43). La violence exerce une fonction disciplinaire [Foucault], tout comme le sport : « En janvier 1880, la gymnastique devient obligatoire à l’école. La grande loi Ferry du 28 mars 1882 précise que, pour les garçons, l’enseignement primaire public comprend la gymnastique et les exercices militaires » (p. 45). Car, pour l’État français comme pour Pierre de Coubertin [Brohm], le sport est une éducation à la guerre (p. 47). Et cette éducation à la guerre peut même être plus directe encore : « En 1881, le ministère de la Guerre a cédé gratuitement à l’Instruction publique « 120 000 fusils hors modèles existant dans les arsenaux de la guerre pour les approprier à l’usage des écoles publiques. Dépourvus de cartouches mais dotés d’authentiques mécanismes et de baïonnettes à pointe arrondie, ils permettent d’initier les garçons de 11 ans au tir, ainsi qu’au montage et au démontage de l’arme » (p. 45). On élève donc les mâles comme des « êtres-pour-la-mort », des futures victimes de la grande boucherie de 1914-1918. La hantise de la dégénérescence de la race conduit à une éducation « virile », dure, notamment au sein de colonies agricoles pénitentiaires (pp. 49-51) et du scoutisme (p. 60). La masturbation ou toute autre activité sexuelle est condamnée, tout comme un caractère jugé « efféminé » : il faut être mâle au bon moment, pas de manière trop précoce, mais l’être tout de même (p. 54). Bref, l’enfance est transformée en dressage permanent pour conformer l’individu de sexe masculin en un mâle viril, dominant en même temps qu’obéissant. Dans « L’armée et le brevet de virilité », Jean-Paul Bertaud rappelle lui ce moment central dans la virilisation des mâles qu’est la conscription militaire, introduite au moment de la Révolution française : « L’identité masculine s’acquiert désormais à la caserne » (p. 63). Le conscrit, intégralement privé de ses cheveux, de sa barbe et de sa moustache, subit tout d’abord une « pédagogie de la violence », « faite de brimades qui, débutant par la foire aux bestiaux, ravalent les bleus au rang d’animaux. Puis le conscrit subit la couverte, son corps étant projeté en l’air dans une couverture pleine d’objets coupants. Le lit en bascule ou l’obligation d’exposer à l’air libre ses organes génitaux sont d’autres vexations brutales et humiliantes. Elles sont faites pour détruire l’état social antérieur de la recrue et le construire soldat » (p. 69). Ce virilisme n’est pas incompatible avec des pratiques sexuelles entre mâles, surtout aux colonies où il n’y a pas ou peu de prostituées (pp. 78-79). Occasions privilégiées de l’exhibition de la virilité Le duel, auquel François Guillet consacre un long article, en est une. Mais c’est aussi au sein des relations sexuelles que s’exerce la domination patriarcale-viriliste, conclusion qu’on peut tirer de l’article d’Alain Corbin. Dans celui-ci, Alain Corbin part du Dictionnaire érotique d’Alfred Delvau de 1864 et des journaux intimes d’écrivains comme Stendhal, Musset ou Vigny pour montrer « l’affirmation de la supériorité et de la domination masculines » (p. 127) au sein des relations sexuelles. Ainsi, « paradoxalement, compte tendu de l’omniprésence du thème de l’amour romantique dans la poésie et le roman, le code auquel l’homme doit, selon les sources citées précédemment, impérativement se plier implique avant tout le refus du sentiment tendre » (pp. 127-128). Ainsi, selon Alfred Delvau dans son Dictionnaire érotique, « quand un homme dit à une femme « je vous aime », il veut dire [&#8230;] « je bande comme un carme, j’ai un litre de sperme dans les couilles, et je brûle de l’envie de te le décharger dans le con’ » » (p. 128). Peu romantique, mais qui révèle que les romans d’amour sont en grande partie des manières pour la phallocratie viriliste de duper les femmes : ainsi peut-on voir un décalage entre le roman Le Rouge et le Noir de Stendhal, complètement « romantique », et ses propres pratiques sexuelles. Comme chez Sade, chez Alfred Delvau, « l’homme viril se doit d’ « avoir » des femmes, de les « posséder », dans le sens plein du terme [&#8230;]. La femme, lit-on encore dans le dictionnaire d’Alfred Delvau, « appartient en effet à l’homme durant tout le temps qu’il l’a tient sous lui, fichée au lit par son clou spermatique » » (p. 128). Les médecins sont d’accord là-dessus : « La vigueur, l’énergie exigées de l’homme s’accordent alors aux injonctions des médecins. Une certaine violence, la rapidité de l’acte [&#8230;] sont attendues de l’individu en pleine possession de ses qualités viriles. La chanson gauloise exacerbe, à ce propre, les phantasmes. Il y est question de « crever la cloison »,...]]></description>
		
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		<title>Histoire de la virilité &#8211; L&#8217;invention de la virilité. De l’Antiquité aux Lumières</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Armand Paris]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 05 Nov 2016 10:23:31 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[Georges Vigarello (dir.), L&#8217;invention de la virilité. De l’Antiquité aux Lumières, Paris, Seuil 2011 Après l’Histoire des femmes en Occident en 5 volumes, une Histoire de la virilité en trois tomes : L’invention de la virilité. De l’Antiquité aux Lumières (sous direction de Georges Vigarello), Le triomphe de la virilité. Le XIXème siècle (sous direction d’Alain Corbin) et La virilité en crise ? Le XXème-XXIème siècles (sous direction de Jean-Jacques Courtine). Une sorte d’histoire (critique, même s’il est possible d’aller beaucoup plus loin) de la domination patriarcale, mais avec comme sujets les dominants eux-mêmes, leurs idéologies et leurs pratiques. Même si on pourra regretter une histoire parfois trop idéelle de la virilité, c’est-à-dire sans analyse des structures réelles du patriarcat « viriliste » (au sens d’idéologie de la virilité, de la domination patriarcale-masculine) [Delphy], surtout au sujet des époques anciennes (d’où l’intérêt particulier des deux derniers tomes), il s’agit d’une bonne introduction aux différentes configurations historiques de la virilité et, par-là, de la domination patriarcale, laquelle prend un caractère spécifique au sein de chaque société historique (grecque, romaine, « germanique », médiévale, d’Ancien Régime, capitaliste [Scholz]) mais non sans quelques continuités (monopole masculin des armes, exploitation domestique, etc.) [Delphy, Testart] : « La virilité est marquée par une tradition immémoriale […]. Le vir n’est pas simplement homo, le viril n’est pas simplement l’homme, il est davantage : idéal de puissance et de vertu, assurance et maturité, certitude et domination […]. Tradition plus complexe pourtant, elle ne saurait en rien figer la virilité dans une histoire immobile » (pp. 7-8). Et cette histoire est écrite « en lettres de sang et de feu indélébiles » (même si l’ouvrage n’en donne qu’un aperçu [Federici]), pour paraphraser Marx au sujet de celle du capitalisme. L’invention de la virilité. De l’Antiquité aux Lumières « Le mot grec d’andreia dit déjà ce que le mot vir latin installera pour longtemps dans nombre de langues occidentales, virilita, « virilité », virility : principes de comportements et d’actions désignant, en Occident, les qualités de l’homme achevé, […] du masculin. L’andreia grecque, avec ses références à la guerre, à la vaillance, à la domination sexuelle, est un cadre de valorisation : non pas l’homme, par exemple, mais celui qui « vaut » le plus, non pas celui qui représente le sexe mâle, mais celui qui représente au mieux, et au plus loin, le masculin » (p. 11). Voilà ce que nous Georges Vigarello dans son introduction au premier volume de l’Histoire de la virilité : la virilita romaine, ou l’andreia grecque, c’est un modèle idéologique de la masculinité dominatrice, c’est la cristallisation idéologique de la domination patriarcale, ça en est la traduction idéologique en même temps que l’idéal. Virilités grecques « Le discours grec sur la virilité […] relève de la construction idéologique plus que de l’observation anthropologique. Les textes et les images informent davantage sur ce que la société attend du comportement mâle que sur les pratiques réelles » (p. 19). Maurice Sartre nous avertit donc qu’une histoire de la virilité basée sur les textes et sur les images est forcément incomplète : en effet, une histoire de l’idéologie viriliste ne peut remplacer l’histoire de la domination viriliste. Quoiqu’il en soit, l’idéologie viriliste des Grecs nous renseignent sur leur forme de domination patriarcale : une exhortation de l’andreia guerrière, évidemment, mais « la capacité à imposer son désir sexuel, le fait de dominer son oikos ne comptent pas moins » (p. 21). On peut donc parler de domination patriarcale chez les Grecs, puisque l’oikos est l’équivalent de la domus romaine, dans laquelle règne en maître absolu le pater familias, figure fondatrice de la domination patriarcale. Le virilisme ne s’exprime pas que contre des ennemis, mais également dans une domination (notamment sexuelle) des femmes, réduites à des objets sexuels – n’en déplaisent aux nostalgiques d’extrême-droite. À Sparte, les femmes ont l’entière responsabilité de l’élevage des enfants, dont les pères se désintéressent complètement (p. 23). Les jeunes spartiates sont élevés dans une discipline de fer, avec un « dressage collectif par classes d’âge » (p. 24), pour en faire des guerriers et des patriarches dominateurs, mais obéissant à leurs supérieurs hiérarchiques (les enfants et les jeunes sont donc soumis à un patriarche, mais leurs aînés sont également soumis à un patriarche supérieur : le patriarcat comprend une hiérarchie interne). La relation sexuelle virile est « asymétrique » : « celle-ci n’unit pas deux individus qui tentent de parvenir au plaisir tout en cherchant à satisfaire leur partenaire, mais bien un dominant et un dominé, on pourrait dire, plus brutalement, un pénétrant et un pénétré […], partenaire actif, partenaire passif » (p. 46). Voilà une structure qu’on retrouve tout au long de l’histoire du patriarcat : la domination au sein même des relations sexuelles, entre un dominant (toujours un mâle viril) et un-e dominé-e (une femme, souvent, mais aussi des enfants, des jeunes, des mâles soumis). Sartre poursuit : « La virilité se situe clairement du côté du pénétrant : pas un texte antique, à ma connaissance, n’imagine une relation sexuelle entre hommes où les rôles pourraient changer au gré du désir des acteurs ; il est toujours explicitement fait état d’un mâle dominant, qui est dans son rôle de mâle, et d’un homme dominé comme une femme » (p. 46). La domination patriarcale au sein des relations sexuelles ne s’exerce donc pas forcément d’un mâle viril vers une femme dominée : elle peut s’exercer entre mâles, l’un dominant (« actif »), l’autre dominé (« passif »), et cela tout au long de l’histoire du patriarcat. On pourra louer une grande tolérance des Grecs vis-à-vis des relations sexuelles entre hommes, mais celle-ci s’inscrit toujours malheureusement dans une société patriarcale jusque dans sa sexualité. Quoiqu’il en soit, cette domination patriarcale s’exerce surtout sur les femmes : « L’homme se trouve au centre d’un dispositif matrimonial dans lequel la femme n’a pas son mot à dire et d’où le sentiment se trouve habituellement exclu » (pp. 56-57). Le mâle domine l’oikos et sa femme : « La femme épousée reste une mineure, alors que le mari acquiert en même temps la puissance sexuelle et la puissance juridique » (p. 61). Le mariage grec est, ainsi, une soumission juridico-sexuelle des femmes à un mari tout-puissant, « maître des femmes et des enfants de la maisonnée comme il l’est des esclaves » (p. 61). Virilités romaines Jean-Paul Thuillier rappelle que le patriarcat romain n’est pas seulement domination masculine, mais également domination du pater familias : « Le vir s’oppose certes au genre et au comportement féminin, mais il s’oppose aussi au puer » (p. 72), l’enfant, souvent un jeune esclave dont le pater familias abuse sexuellement. On retrouve dans la société romaine un schéma analogue de système de genre découlant de la domination patriarcale au sein des relations sexuelles : « L’homme est celui qui pénètre sexuellement son partenaire, quel que soit le mode de pénétration et quel que soit le partenaire pénétré. En revanche, être pénétré sexuellement ne peut être que le fait d’un efféminé, d’un homme qui a renoncé à sa virilité, en tout cas provisoirement » (p. 77). Les mâles pénétrés sont dévalorisés, traités d’ « enculé » par exemple, et même César n’y échappe pas. « La virilité, c’est donc pénétrer analement de jeunes garçons (ou des femmes), pénétrer vaginalement des femmes […], et se faire faire une fellation » (p. 79). Le viol des esclaves et des servantes est généralisé : « Lorsque Marc Aurèle se félicite de n’avoir touché ni à son esclave […] ni à sa servante […], c’est bien que cela se faisait habituellement […] dans les domus, et la question du sexe (des esclaves) est quasi indifférente » (p. 82).   Il n’y pas de question homosexuelle, il n’y a qu’une question de rapport de domination patriarcale au sein des relations sexuelles : « Nulle réprobation sociale ne s’adresse à l’égard de ces citoyens romains qui couchent avec des garçons, à condition bien sûr qu’ils jouent eux-mêmes le rôle actif dans cette relation » (p. 84). La sexualité entre hommes implique deux sujets types, un dominus (dominant) et un puer (un jeune garçon ou esclave), ce qui montre bien qu’il s’agit encore une fois d’un rapport de domination. La différence avec la Grèce tient à ce qu’à Rome, un « jeune homme né libre » ne doit pas avoir de relations sexuelles où il joue un rôle « passif », puisque cela outrepasserait l’autorité du pater familias (p. 85). La sexualité entre hommes n’est pas condamnée, car « il n’y a pas de mal à sabrer un esclave, un prostitué (p. 86), mais en revanche un futur pater familias ne peut jouer un rôle passif sans se dévaloriser irrémédiablement. La notion même d’ « homosexualité » n’existe pas dans l’Antiquité : il n’y a que peu d’hommes qui n’ont de relations sexuelles qu’avec des hommes, mais il y a aussi peu d’hommes qui n’ont de relations sexuelles qu’avec des femmes (p. 87). La domination patriarcale, en revanche, existe bel et bien : « Dominer la femme, dominer l’autre, l’étranger, l’ennemi, est en quelque sorte inhérent à l’homme romain […]. Une domination qui est à rapprocher de tout ce qui a été dit plus haut de la pénétration en matière sexuelle » (p. 108). L’univers barbare. Métissage et transformation de la virilité Bruno Dumézil s’attache à une analyse historique de la virilité « barbare », c’est-à-dire des groupes envahissant l’Empire romain durant l’Antiquité tardive (3ème-6ème siècles de notre ère), et ce jusqu’aux alentours de l’an mil. Déjà surgit dans l’esprit des penseurs romains des premiers siècles de notre ère une admiration de la virilité « barbare » relative à une crainte de la « décadence » de la virilité romaine : « Pour les penseurs romains […], la culture méditerranéenne constitue moins une bénédiction qu’une menace. En effet, si la philosophie permet à l’homme de conceptualiser ses valeurs viriles, la civilisation des loisirs le détourne des activités qui devraient permettre de cultiver son tempérament héroïque. Le Barbare, étranger aux charmes de l’écrit et du luxe, paraît ainsi plus à même d’incarner l’idéal de perfection masculine » (p. 118). Le regard admirateur vis-à-vis des Germains d’un Francis Cousin (et son « communisme germanique ») ou des idéologues nazis ne date donc pas du 20ème siècle. Il idéalise un « Barbare » guerrier, refusant tout luxe superflu, plus « nature » que « culture » (notamment en termes de pilosité), chez Tacite par exemple. Les Barbares auraient également comme réputation d’être chastes, brutaux envers leurs femmes, aristocratiquement paresseux, laissant une grande partie de la charge de labeur à leurs femmes et aux esclaves. Il est vrai que les viols et les rapts sont sévèrement réprimés (p. 128), mais c’est uniquement des viols extra-conjugaux qu’il s’agit. Autrement dit, inutile aujourd’hui de nous vanter un « communisme germanique », celui-ci est également patriarcal. Le médiéval, la force et le sang Claude Thomasset nous livre un tableau de la virilité au Moyen Âge qui fait une place limitée à la domination patriarcale, ce qu’on regrettera. On écoutera en complément l’émission « Histoire des femmes au Moyen Âge » de Radio Goliards. Quoiqu’il en soit, il est rappelé (trop) brièvement que le Moyen Âge compte de nombreuses « femmes battues et vivant constamment sous la menace des violences » (p. 147), un Moyen Âge qu’il ne faut ni idéaliser comme Jacques Heers, ni présenter en repoussoir absolu pour mieux rehausser une modernité qui n’a pourtant guère de leçons à donner en termes de patriarcat. Quoiqu’il en soit, l’exclusion des femmes de certaines activités de manière permanente et de la vie sociale de manière périodique existe [Testart] également au Moyen Âge : « Tous les travaux ne sont pas permis aux femmes. D’autant que s’y ajoutent les interdits attachés aux périodes des menstruations » (p. 146). L’image des femmes dans la littérature pornographique au Moyen Âge n’est guère glorieuse : « La représentation de la femme est la plupart du temps réduite à ses orifices » (p. 158). La réification sexuelle des femmes ne date donc pas du capitalisme soixante-huitard ni même du Marquis de Sade, n’en déplaise à certains… Mais toutefois, le mâle semble exclu de la procréation, contrairement au rôle actif qu’on lui donnera dans la modernité : « Dans l’acte de reproduction de l’enfant, l’homme est exclu dès la conception. La formation de l’enfant dans le sein de la mère lui échappe totalement. Face à ce mystère, il cherche désespérément une valorisation de son rôle » (p. 181). Qu’il se rassure, la domination patriarcale s’emparera sous l’Ancien Régime de la procréation [Federici]. Le monde moderne, la virilité absolue (XVIè-XVIIè siècle) Comme Georges Vigarello l’explique, la « Renaissance » voit resurgir les vieux démons d’une « décadence » de la virilité, notamment du fait de l’invention des armes à feu [Kurz] qui détruisent l’idéal viril du preux chevalier : « Montaigne lui-même...]]></description>
		
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		<title>Alain Testart &#8211; L&#8217;amazone et la cuisinière. Anthropologie de la division sexuelle du travail</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Armand Paris]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 26 Sep 2016 13:10:06 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[Alain Testart, L’amazone et la cuisinière. Anthropologie de la division sexuelle du travail, Paris, Gallimard, 2014  Alain Testart, anthropologue, nous explique dans L’amazone et la cuisinière. Anthropologie de la division sexuelle du travail (Gallimard, 2014) qu’il existe dans l’ensemble des sociétés premières une exclusion des femmes des activités impliquant un jaillissement de sang (même symbolique) ou des perturbations conçues comme analogues à leurs menstruations (perturbations de la mer, perturbations géologiques du sous-sol, etc.) : elles sont ainsi exclues universellement des chasses impliquant un jaillissement de sang, des navires de haute mer (analogie entre leurs perturbations menstruelles et celles des mers et des océans), de la prêtrise (parce qu’il y a le « sang » du Christ ou celui des animaux sacrifiés), etc. L’ouvrage d’Alain Testart est une enquête anthropologique assez intéressante sur cette division-exclusion (même si on parlera plutôt de « division sexuée du labeur », pour éviter toute naturalisation du « sexe » et du « travail »), et qui mérite qu&#8217;on s&#8217;y attarde. La faillite des explications naturalistes La division sexuée du labeur semble être une constante au sein des sociétés premières comme pré-modernes., remarque Testart [Chapitre 1]. Les thèses naturalistes (thèse de la mobilité : femmes exclues de la chasse parce qu’inaptes lorsqu’elles sont enceintes ou avec des jeunes enfants) ou rationalisatrices (thèse de la spécialisation : puisqu’elles sont exclues lorsqu’elles sont enceintes ou avec des jeunes enfants, il est plus « logique » de les spécialiser ailleurs) échouent dans leurs explications [Chapitre 2, « Faillite des explications naturalistes »] : les femmes pré-pubères ou ménoposées sont exclues de la chasse (enfin, précise Testart, des formes de chasses impliquant un jaillissement de sang uniquement, puisque les femmes participent aux autres formes de chasses) également, dans certaines formes de chasses immobiles comme chez les Inuit les femmes sont néanmoins exclues de la chasse, lorsque les femmes participent à la chasse elles sont mobiles comme « rabatteuses » alors que les hommes sont immobiles, la cueillette implique également des grandes distances, etc. Il faut donc une autre explication. Alain Testart explique cette exclusion par des croyances sociales faisant l’analogie entre menstruations féminines comme « perturbations » et un tas de phénomènes impliquant des « perturbations » (tempêtes maritimes, activités sismiques au sein des zones minières, etc.), et rendant tabou un mélange de ces phénomènes considérés comme analogues (ce qui rappelle l’idée d’une « ontologie analogique » chez Descola dans Par-delà nature et culture). Du sang des animaux et du sang des femmes « Ce n’est pas la physiologie, ni les grossesses, ni l’allaitement, qui expliquent ce fait premier et massif d’une division du travail entre les sexes […]. Ce sont bien plutôt des faits de croyances, des faits sociaux, qui expliquent un tel fait. Eux seuls peuvent rendre compte de ce que l’on n’a pas seulement écarté les femmes de la chasse, on leur a interdit tout autant le maniement des armes. Or il n’est nul interdit dans la nature (qui connaît des impossibilités, mais pas des prohibitions) ; un interdit est une chose sociale. Cette même explication vers laquelle nous nous orientons se distingue tout aussi radicalement des explications en termes de rationalité économique. Car quoi de plus irrationnel que des femmes chassant […] sans armes ? […] Chaque fois que les femmes font la chasse, elles la font sans les armes typiques de la chasse, sans harpons, ni arcs, ni flèches, ni sagaies. Mais lorsque ces femmes sont indispensables, les femmes sont exclues de la chasse. […] Les armes que n’utilisent pas les femmes sont celles qui font couler le sang des animaux […] La femme ne fait pas la chasse dans la mesure où la chasse fait couler le sang animal et au contraire elle la fait dans la mesure où la chasse ne fait pas couler le sang animal. » (pp. 24-26). Ce tabou du sang menstruel [Chapitre 3] entraîne une relégation des femmes durant leurs menstruations dans une « hutte menstruelle », à l’écart de tous (elles sont chassées des édifices religieux durant ces périodes dans plusieurs religions). Inversement, une déesse vierge comme Artémis pouvait être déesse grecque de la chasse sanglante puisqu’elle ne saignait pas (p. 28). De même, Jeanne d’Arc pouvait combattre, puisqu’elle était vierge et atteinte d’aménorrhée (p. 36) : « Quand, en la femme, le sang ne coule pas, elle peut, comme les hommes, faire couler le sang ».  Le tabou du sang menstruel a donc été un motif d’exclusion sociale des femmes, et en fin de compte de domination masculine, puisqu’il a entres autres permis un monopole des armes et de la guerre, donc une dépendance des femmes en termes de protection. Une exclusion des femmes de nombreuses activités Alain Testart passe ensuite en revue l’ensemble des activités dont sont exclues les femmes du fait de ce tabou du « sang dans son jaillissement » (p. 31) : abatage sanglant des animaux (du cochon, par exemple), de la chasse sanglante (encore aujourd’hui), des armes (jusqu’à récemment), de la prêtrise sacrificielle – qu’il y ait sacrifice réel (sacrifice païen) ou symbolique (sang du Christ, d’où l’interdiction des prêtres femmes au sein du catholicisme jusqu’à aujourd’hui), . Les femmes sont accusées (contrairement aux hommes) de toutes sortes de choses, de faire tourner la mayonnaise ou le vin [Chapitre 8], de provoquer des tempêtes [Chapitre 10] ou des tremblements de terre [Chapitre 11], tout cela à cause de ce fétichisme analogiste, et sont ainsi notamment exclues de la marine (jusqu’à récemment) [Chapitre 10]. Elles sont même exclues de la sidérurgie pré-industrielle, du fait de l’analogie entre le four et leur corps [Chapitre 9]. Les femmes peuvent s’occuper d’animaux ensanglantés (dépeçage des animaux, fabrication du boudin), mais elles ne peuvent faire jaillir le sang. Elles ne peuvent, du même couper, pas trancher des plantes ou d’autres matières végétales (pas de défrichage féminin) [Chapitre 12]. Elles ne peuvent labourer profondément [Chapitre 14]. Alain Testart résume : « (1) La femme ne peut faire jaillir le sang parce qu’il est question d’un tel jaillissement en son corps [&#8230;] (2) La femme ne peut couper les corps parce qu’il semble être question de coupure en son corps [&#8230;] (3) La femme ne peut perturber de façon soudaine les corps en leurs intérieurs parce qu’elle est sujette à de telles perturbations en son intérieur » (p. 80). Cette folie fétichiste androcentrique, responsable de tant d’exclusion sociale, de souffrances des femmes et de domination masculine, devrait nous enlever toute aspiration primitiviste (cf. également là-dessus Jean-Loup Amselle dans Les nouveaux-rouges bruns), qu’elle soit néo-païenne d’extrême-droite, anarcho-primitiviste ou même éco-féministe. La Nouvelle Droite d’Alain de Benoist ou de Francis Cousin (qui invoque l&#8217;anticapitalisme pour appeler à une interdiction de l&#8217;avortement !) peuvent fantasmer sur les sociétés païennes, au sein de celles-ci, les femmes sont exclues des armes (donc dépendantes, soumises militairement), de la prêtrise sacrificielle (au sommet de la hiérarchie « religieuse ») et d’un grand nombre d’activités : elles sont seules victimes d’interdits et de tabous, et elles sont soumises militairement comme physiquement (tabassage ou viol en cas d’insubordination). Une division sexuée des gestes Testart précise au fil de l’ouvrage cette division sexuée du labeur, et écrit ainsi : « Les outils masculins sont souvent projetés, et on parlera de percussion lancée au contraire d’une percussion posée [caractéristique des outils assignés aux femmes]. [&#8230;] On peut parler de division des gestes entre les sexes » (pp. 83-85), et cette division est une construction sociale, même quasi-universelle. La logique, au final, est que « la femme étant sujette à de graves perturbations qui l’affectent en l’intérieur de son corps, elle évitera de produire de telles perturbations dans l’intérieur des corps qu’elle travaille » (p. 92). Des conclusions partiellement contestables En fin d’ouvrage, Alain Testart nous livre ses conclusions : « Pendant des millénaires, et probablement depuis la préhistoire, la division sexuelle du travail provient de ce que la femme a été écartée de tâches qui évoquaient trop la blessure secrète et inquiétante qu’elle porte en elle. La femme s’est vue écartée de la chasse sanglante parce qu’elle-même saigne périodiquement, écartée de l’abatage du bétail et de la boucherie pour la même raison, écartée de la guerre et de la prêtrise dans toutes les religions qui mettent en jeu un sacrifice sanglante, écartée du four de fonderie parce que celui-ci semble être une femme qui laisse échapper sous son ventre une masse rougeoyante analogue à des menstrues ou à du placenta, écartée de la marine, des navires qui voguent sur les océans et de la pêche en haute mer parce que la mer est susceptible de violentes perturbations tout comme l’est le corps de la femme, écartée de tous les travaux et outils qui, par des chocs répétés, font éclater la matière travaillée et révèlent son intérieur parce qu’il est question de l’intérieur lors de ses indispositions périodiques, etc. La liste de tout ce dont la femme a été écartée est impressionnante. Elle n’en a pas moins travaillé, et travaillé dur, dans toutes les sociétés [&#8230;] Le plus flagrant dans cette répartition des tâches est que les interdits ou les tabous pèsent sur les femmes seules, pas sur les hommes » (pp. 133-134). Pourtant, les hommes ont également des « perturbations » (l’érection), et celles-ni n’ont pas fait l’objet d’un tabou, même mineur (l’interdiction de s’approcher d’animaux domestiques de sexe féminin, par exemple) : on peut supposer, au contraire d’Alain Testart, que l’absence de tabous masculins est liée à une domination masculine pré-existante (une domination sociale ne se réduisant pas à une plus grande force physique des hommes), même si celle-ci a été amplement renforcée grâce aux tabous des « perturbations ». On peut supposer qu’au moment de l’instauration (même inconsciente) de ces tabous, il y a eu des résistances des femmes, mais que celles-ci ont été vaincues d’une manière ou d’une autre (même brutale : il existe des sociétés pratiquant des viols collectifs, des meurtres de femmes indociles, etc.), et qu’ensuite elles ont été d’autant moins remises en cause qu’ils apparaissaient comme « naturels » (à l’instar des structures du capitalisme au sein de notre société). Testart poursuit : « Partout [&#8230;], la femme a été subordonnée à l’homme. Sans doute, les croyances dont j’ai fait état dans ce livre ont contribué à renforcer cette subordination. Car les interdits et les évitements ne concernent que les femmes. Ils les empêchent de faire maints travaux, ils les écartent de façon plus décisive encore de fonctions souvent valorisées dans les sociétés d’autrefois : celle du guerrier, celle du prêtre. » (p. 136). Pourtant, même s’il a raison probablement de dire que « toutes ces croyances que nous avons vues à la base de la division sexuelle du travail » n’ont pas été inventées consciemment dans un but de domination masculine, nous pensons qu’il a tort de ne pas voir c’est justement parce qu’il y avait une domination masculine pré-existante que de telles croyances se sont imposées d’elles-mêmes aux hommes, sans qu’ils aient besoin de les inventer consciemment, et qu’ils ont ensuite imposées aux femmes – étant entendu que ces croyances ne sont évidemment pas apparues de manière universelle et en même temps. Alain Testart pourtant affirme : « L’idée [&#8230;] a été inventée que les interdits sur les armes, en faisant que les hommes aient le monopole de la violence, sont à la source de la domination masculine. Je pense pareille thèse insoutenable. Aucun homme ne domine une femme parce qu’il possède un arc ou un fusil [&#8230;]. Lorsqu’une femme est insubordonnée, [&#8230;] un tabassage suffit en général. Au pire, on prend une ceinture, une lame de rasoir, du vitriol, pas des femmes. Si ces objectifs ne suffisaient pas, il y a encore celle-ci : les évitements relatifs au sang ne concernent pas seulement les femmes. [&#8230;] Les prêtres catholiques ne doivent pas davantage faire la guerre que les femmes, ni la guerre. Chez les Aborigènes australiens, les jeunes initiés circoncis dont les plaies ne sont pas encore cicatrisées ne peuvent chasser ; chez les Amérindiens, les guerriers qui ont tué un ennemi ne participent pas aux expéditions de chasse, quelques fois même pas pendant un certain temps à de nouvelles expéditions guerrières » (p. 137). Certes, mais sans armes tranchantes, sans une initiation guerrière, des femmes seules ne peuvent se défendre contre des groupes ennemis, fait remarquer Christophe Darmangeat : le monopole masculin des armes et de la guerre place dont les femmes sous la dépendance des hommes, ce qui constitue inévitablement un facteur de domination masculine et de soumission féminine. Et comme Testart affirme implicitement que la domination masculine n’a pas...]]></description>
		
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