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	<title>migrations &#8211; Sortir du capitalisme</title>
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	<description>Pour une critique émancipatrice du capitalisme</description>
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		<title>Emmanuel Mbolela &#8211; Réfugié</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Armand Paris]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 28 Apr 2017 16:27:46 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[Emmanuel Mbolela, Réfugié, Paris, Libertalia, 2017 Version audio (une nouveauté de Sortir du capitalisme !) Version écrite C’est un ouvrage poignant qu’on lit d’une traite, ou presque. La condition de réfugié-e, de migrant-e, peu importe puisqu’il s’agit des mêmes victimes du capitalisme mondial, des dictatures et des guerres civiles des périphéries du système-monde capitaliste, ou encore du patriarcat, y est décrit de manière brut. Brut, et c’est en effet un parcours d’une brutalité inhumaine, parsemée de rackets, de violences et de viols, et avec souvent au bout d’une mort violente, que nous décrit l’auteur, réfugié congolais. Et encore ce récit (pourtant difficile) est-il en-dessous de l’horreur vécue par un grand nombre de migrant-e-s : notre auteur vient d’une famille de classe moyenne, cultivée, et c’est un homme. Il nous raconte donc, mais sans l’avoir vécu, des viols, des morts, des migrant-e-s obligés de s’arrêter en chemin faute d’avoir de l’argent pour acheter leur passage – et donc de se prostituer, sexuellement ou autrement, à un prix misérable. Les éditions Libertalia ont été promptes (avec l’encouragement de Paul Braun) à publier ce témoignage indispensable, d’abord paru en allemand en 2014, et ce de plus à un prix abordable (10 euros) : on pourra s’en féliciter. La couverture est également réussie, et on appréciera qu’il y ait une écriture inclusive : quoi de plus logique, lorsqu’on sait qu’environ 50 % des migrants sont des migrantes ? [émission Dégenrée]. Inutile, en revanche, de chercher dans Réfugié une théorie critique des causes profondes de l’émigration [Henri … Echanges&#38;Mouvement] et de ses horreurs : l’auteur se contente d’une dénonciation susceptible de faire écho à un grand nombre de personnes, avec un langage démocratiste (ce n’est nullement un reproche évidemment). On essayera seulement de pointer quelques pistes d’analyse critique à partir de son ouvrage. Préface de l’édition française L’auteur entame d’emblée avec un fait d’actualité, celui d’une embarcation échouée avec 700 migrant-e-s à son bord en mai 2016 : « Corps sans vie de migrant-e-s sur le rivage de la Méditerranée […]. Ces êtres humains n’ont pas de pays ni de nom. On les nomme tous et toutes « clandestins ». Leur vie n’a aucune valeur et leur mort ne provoque plus aucune émotion. On exhibe les dépouilles sans aucune marque de respect – est-ce pour dissuader les autres ? » (p. 9). Bien évidemment, mais cela témoigne également du statut du migrant-prolétaire racisé au sein du capitalisme mondial de crise : un statut de « déchet social », de non-rentable, de sous-prolétaire. L’auteur poursuit : « L’Europe se barricade. Les frontières sont hermétiquement fermées. Des murs se construisent […]. Pour renforcer encore ce dispositif, l’Europe a lancé en novembre 2014 […] le « processus de Khartoum », soit des accords avec la Somalie, le Soudan, l’Afghanistan, l’Erythrée et l’Ethiopie « afin de renforcer leurs capacités en matières de gestion de la migration ». Autrement dit, « l’Union européenne entend favoriser le contrôle des victimes par ceux qui les persécutent » [Olivier Favier, « Murs et barbelés. Les envoyer en détention ou les livrer à une dictature : voilà comment l’Europe « délocalise » ses réfugiés », Bastamag]. Les voies légales d’immigration se rétrécissent comme peau de chagrin. Même le regroupement familial est devenu quasiment impossible. C’est ainsi que des femmes et des enfants en viennent à risquer leur vie sur des embarcations de fortune : si l’on se demande comment c’est possible, c’est que l’on oublie les obstacles dressés par leur route par les Etats européens. Frontex, les polices des frontières et les bureaucraties nationales font preuve d’une redoutable efficacité dans la dissuasion des candidats à l’immigration » (pp. 9-10). Il raconte l’histoire de Hola, morte noyée avec ses enfants au milieu du détroit de Gibraltar à cause d’un bateau surpeuplé préalablement saboté par des passeurs. C’est l’histoire d’une vie parmi tant d’autres : 200 000 personnes sont mortes en 20 ans en tentant de rejoindre l’Europe, et près de 4000 rien qu’en Méditerranée en 2016 : « L’Europe ne peut pas accueillir toute la misère du monde [dont elle est pourtant en grande partie responsable, depuis l’esclavage jusqu’au néo-colonialisme], entend-on. Au nom de ce principe, les Européens laissent mourir des hommes, des femmes et des enfants devant leur porte. […] La Méditerranée est devenue la fosse commune de milliers de migrants » (pp. 15-16). [Carte Sciences Po + visionscarto.net/mourir-aux-portes-de-l-europe] C’est leur histoire, celle de victimes du capitalisme, de l’État, du racisme et du patriarcat, qui va être racontée. Avant-propos. Une histoire parmi d’autres L’auteur commence par un rappel de l’abominable situation en République démocratique du Congo (RDC, ex-Zaïre, ex-Congo Belge), périphérie dominée du capitalisme mondial en proie à une guerre civile sanglante depuis une vingtaine d’années et une dictature depuis un demi-siècle. Là-dessus, on renvoie aux documentaires … et au livre de David Van Reybrouck, Congo. Une histoire, Arles, Actes Sud, 2012.  L’avant-propos démontre une certaine naïveté politique de l’auteur (peut-être liée à sa position originaire de classe moyenne ayant fait des études de sciences économiques), en appelant aux « droits de l’homme » et en aspirant à un capitalisme social-démocrate redistributeur des richesses minières du Congo (il est qu’en Afrique, c’est déjà difficile d’obtenir un capitalisme non-dictatorial…). Au pays. Du Kongo à la République démocratique du Congo L’auteur fait un rappel de l’histoire du Kongo (qu’il faut distinguer du Congo Brazzaville, ex-Congo français : cf. Le Rapport Brazza. Mission d’enquête au Congo : rapport et documents (1905-1907), Le Passager clandestin, 2014) depuis l’infâme colonisation belge, son travail forcé et ses millions de morts [documentaire Léopold et Adam Hochschild, Les Fantômes du roi Léopold : la terreur coloniale dans l’Etat du Congo, 1884-1908, Paris, Tallandier, 2007], l’assassinat de l’indépendandiste Lumumba (qu’il regrette alors qu’il était un bourgeois social-démocrate qui se serait sans doute révélé autoritaire : mais c’est vrai qu’après 30 ans de Mobutu…), l’interminable dictature (1965-1997) de Mobutu, son pillage des revenus miniers et sa fin de règne génocidaire, et enfin une période de guerre civile (à partir du génocide rwandais et son exportation en RDC [Pensée radicale], chaque pays voisin ayant sa propre faction armée et jouant ses propres cartes dans l’optique d’une appropriation des richesses minières de l’Est du Congo) ayant fait au moins 5 millions de morts, de « processus de démocratisation » jamais aboutis et de dictature renouvelée (des Kabila). Le Kongo a été exploité pour son ivoire, son caoutchouc, son uranium, et enfin son coltan, et ce de manière particulièrement prédatrice (avec une surexploitation incroyable). Emmanuel Mbolela naît dans ce pays (qu’il vante beaucoup par sa beauté et sa diversité) en 1973, dans une famille de classe moyenne de l’opposition, et fait des études de sciences économiques : ceci explique son adhésion au mouvement social-démocrate d’opposition non-violent (il est vrai qu’en face, il n’y a que des factions armées et une dictature…), et sa croyance dans un idéal qui nous paraît suranné vu d’ici (mais qui, en RDC, constituerait néanmoins une franche amélioration). Il est peu critique vis-à-vis du patriarcat traditionnel (son père était chef de famille avec plusieurs épouses, il y a une ségrégation genrée au niveau des repas, etc.), mais il devient plus lucide sur cette question au fur et à mesure de son périple. Il raconte ensuite son engagement politique au sein de l’UDPS, un parti social-démocrate non-violent, et milite en faveur d’une redistribution des richesses (ce qui est une bonne chose, mais insuffisante) et d’un « Etat de droit » (on connaît… mais c’est vrai que c’est encore pire en RDC). En 2002, il participe à une grande manifestation non-violente, qui s’achève par des arrestations, des incarcérations, des tortures (« nous subissions quotidiennement des tortures physiques et psychologiques ») et des morts. Il s’évade grâce à sa famille au bout de deux mois de prison, et décide sous contrainte de s’exiler. L’exil est toujours une contrainte : personne ne souhaite quitter ses proches et son environnement de vie, sauf si cette personne est opprimé-e par une dictature, qu’elle veut fuir un patriarcat étouffant ou une misère insoutenable. Les migrant-e-s ne sont pas une arme du capital (comme l’affirme l’extrême-droite), mais des « victimes » du capital, de l’État, du (néo)colonalisme et du patriarcat cherchant comme tout sujet humain à survivre ou à améliorer (un peu) une vie proprement insupportable en raison de ces systèmes d’oppression. En route. Le temps de l’exil L’auteur commence par une présentation de ses compagnons d’exil : « Il y avait celles et ceux qui fuyaient les guerres de l’est du Congo […]. Leurs visages étaient marqués par les souffrances endurées. Certain-e-s avaient vu leurs parents brûlés vifs. D’autres avaient été violé-e-s ou contraints sous la menace des armes de violer leurs propres parents, leurs frères et sœurs. Je me souviens de l’un d’eux qui me disait que son esprit était resté au pays. Il revoyait sans cesse les atrocités auxquelles il avait assisté, entre autres ses sœurs violées et enlevées par les militaires […]. Tous n’étaient pas des fugitifs […] certains […] poussées par la misère […] avaient choisi de partir à l’aventure » (pp. 55-56). Il ne faudrait toutefois pas opposer des « réfugiés politiques » et des « migrants économiques » : tous deux sont des victimes du même système capitaliste mondial, ces premiers étant simplement des victimes de ses conséquences politico-militaire et ces derniers de ses conséquences socio-économiques. Mourir dans un bidonville ou dans une guerre civile, survivre avec peine dans un cas comme dans l’autre, y’a-t-il une énorme différence ? Certaines enfin fuient une terrible oppression patriarcale « comme cette Béninoise […] : sa fille aînée était morte trois ans auparavant des suites de son excision [pratiquée encore en Europe au 19ème siècle], mais sa belle-sœur avait tout de même insisté pour que la cadette soit excisée à son tour. Ce qui avait provoqué une telle mésentente […] qu’elle s’était résolue à divorcer et à prendre la fuite avec sa fillette » (p. 57). La classe d’origine est un facteur déterminant : « Du Congo Brazzaville au Mali […] la circulation […] dépend du contenu de votre bourse. Tant que cette dernière se porte bien vous pouvez vous rendre sans problème d’un pays à l’autre – il faut juste savoir « coopérer » avec les gardes-frontières, c’est-à-dire savoir leur glisser discrètement l’argent dans la main. […] [Ceux] qui n’en n’ont plus et qui n’ont pas de proches en Europe ou au pays pour leur envoyer un mandat, restent sur place et doivent chercher du travail » (pp. 56-57). L’auteur reste au Mali, à Bamako, en espérant un dénouement favorable d’un énième « Dialogue intercongolais » : ses compatriotes d’un milieu modeste lui disent qu’il ne faut pas y croire, lui continue d’y croire en raison de ses origines sociales, et finalement c’est eux qui ont raison : « Moi j’avais confiance […]. J’avais calculé qu’une fois rentré au pays je profiterais des deux ans de transition vers la démocratie prévus dans les projets d’accord pour terminer mes études universitaires puis entamer une carrière politique. Je pensais que m’engager dans la politique était un bon moyen de contribuer au changement qui permettrait le développement du pays. Mais l’analyse de mes camarades, qui se fiaient moins que moi aux diverses déclarations et discours officiels, se révéla plus lucide que la mienne » (p. 67). Ici, l’auteur laisse poindre ses illusions bourgeoises de devenir un politicien intègre, alors même que c’est l’État capitaliste lui-même qui est un problème. Illusions toujours : « Je décidai de continuer mon chemin, d’aller où je pourrais poursuivre la lutte [démocratiste], où mon cri pour l’instauration d’un État de droit [sic] et de la démocratie [sic] dans mon pays serait entendu par les hauts décideurs de ce monde [resic] […] Mon espoir était de me retrouver dans un pays où règne l’ordre, la paix et surtout la liberté […]. Je devais donc me préparer à demander l’asile dans un pays d’Europe [sic] » (p. 69). C’est là qu’on voit l’ampleur des illusions vendues au monde entier, dont d’ailleurs l’auteur s’est partiellement rendu compte lorsqu’il est arrivé en Europe et en fréquentant des militant-e-s européen-ne-s. L’auteur décide donc de poursuivre sa route en direction de l’Algérie. Mais en Algérie, sa couleur de peau sert de marqueur, de signe, à un statut social de migrant-prolétaire racisé : il est donc tendanciellement identifiable comme tel. Ce n’est pas à un type physique que s’en prend des individus et/ou une institution (policière) racistes : c’est à un type d’individu non-national (donc illégal), sous-prolétaire, racisé du fait de son infériorité...]]></description>
		
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